Sélection de cinq photographes romand·e·s à découvrir

Il y a six mois, nous avions voulu vous présenter des photographes de la région, comprendre ce qui les ont motivé·e·s à se lancer dans la photographie, quelles sont les thématiques qui leur tiennent à cœur et quels sont leurs projets du moment. Aujourd’hui, nous vous en présentons cinq autres, qui nous ont d’abord touché·e·s par leurs photographies puis par leurs réflexions. 

Anna-Tia Buss, une sensibilité aux points communs et questions de genre

Son intérêt initial pour la photographie s’est d’abord construit au sein du domicile familial : ayant toujours eu des caméras à la maison, elle s’y est très vite essayée. Elle a commencé par faire quelques photos à l’argentique très jeune puis a acquis un reflex pendant son adolescence. Pendant très longtemps, elle n’imaginait pas qu’elle poursuivrait des études dans ce domaine, elle appréciait simplement écrire sur des photographes, se rendre à des expositions photos. C’est une professeur qui, en découvrant son travail, l’a soutenue pour ses candidatures en école spécialisée. C’est comme cela qu’elle a intégré l’école photo de Vevey avant d’entamer le Bachelor de Camera Arts à Lucerne.

Ayant toujours eu du mal à s’exprimer à l’écrit, à mettre des mots sur ce qu’elle ressent, bien que l’écriture soit quelque chose qu’elle aime, la photographie s’est dessinée comme le médium idéal pour partager ce qui lui tient à cœur. Son quotidien, ce qu’elle vit, ou ce qu’elle ressent auprès de son entourage, est au centre de ses inspirations. Très sensible aux émotions des autres, la photographie lui permet de digérer tout ce qui la touche. Anna-Tia accorde aussi une importance particulière à l’identité, ayant été amenée à beaucoup voyager durant son enfance.

Dans ses travaux, elle se pose de plus en plus de questions sur la « féminité », ce que c’est que d’être une femme dans la société dans laquelle l’on vit, qu’est-ce que l’on vit en tant que femmes. Elle a aussi réalisé un projet concernant les standards de beauté, thématique qu’elle souhaite encore creuser. Pour son projet de diplôme, Anna-Tia a réalisé la série Pomegranates grow in winter, une série consacrée aux femmes vivant au Kirghizistan, pays dans lequel elle a vécu pendant 4 ans. Elle voulait voir ce que ces femmes étaient devenues, quels étaient leurs quotidiens, “les différences de caractère, d’appréciation des rôles féminins et de lutte pour l’indépendance des femmes kirghizes”. L’ouvrage non publié qu’elle a réalisé a été présélectionné pour le Kassel Book Dummy Award 2020.

« En somme, ce qui m’intéresse dans mon travail photographique, ce sont les histoires des gens, leurs différences mais, surtout, montrer leurs points communs que ce soit en Suisse ou sur d’autres continents ». Anna-Tia voue aussi un intérêt pour la nature qui lui permet à la fois de trouver de l’inspiration mais aussi de retrouver son énergie. 
Avec la période actuelle, ses projets sont quelque peu ralentis. Elle travaille actuellement avec une amie sur un projet multimédia qui aborde les questionnements liés au non-désir d’enfant. 

Alexandra Dautel, une photographie qui s’entremêle avec les mots

Ayant toujours été attachée à ce qui relie l’image et les mots, Alexandra a d’abord entamé un cursus en graphisme à Paris avant de rejoindre l’ECAL en photographie, cursus qu’elle vient de terminer cette année. Elle affectionne ce médium parce qu’il s’apparente à un outil qui rend compte du réel, entre témoignage et critique, entre ce qui est raconté et dénoncé. 

Alexandra se concentre principalement sur des sujets qui peuvent résonner en chacun·e, ajoutant parfois de son histoire personnelle. D’influence juive, Alexandra s’est intéressée à l’histoire de la religion. Elle a mené son projet de diplôme May You Continue to Blossom au sein d’une communauté juive, cherchant à comprendre les dynamiques qui se créent au sein d’une communauté précise, des secrets qui la compose. Et puis, elle a aussi travaillé sur l’industrie pharmaceutique en particulier sur les effets secondaires d’un médicament : la Dépakine. Alexandra est également sensible dans ses travaux aux questions de dominations, tant de l’homme sur des individus que de l’homme sur la femme.

En janvier, elle participera à l’exposition collective au Photoforum Pasqu’Art de Bienne présentant son projet de diplôme. Elle compte prochainement travailler l’image de mode.

Laurent Fiorentino, l’envahissement du soi

La photographie a d’abord été, pour lui, un moyen d’obtenir une forme d’indépendance. C’est un espace de protection dans lequel il peut se créer lui-même. Il a très vite commencé par des autoportraits, lui permettant d’être ce qu’il voulait. Laurent cherche constamment à créer des espaces propres à lui, détachés de la réalité. 

Actuellement, il travaille sur un livre qui regroupe ses proches, ses amants. Il raconte que la photographie a toujours fait partie de ses relations, surtout dans ses relations amoureuses. Pour lui, c’est une façon d’aimer la personne, de lui accorder de l’attention, il perçoit la photographie comme un acte d’amour. Autrement, il ressent toujours le besoin d’intervenir sur ses photos ; jugeant la pratique comme un envahissement du soi, il a besoin d’intervenir, il trouve que c’est une forme d’investissement de son propre point de vue. 

Ses envies futures se réunissent dans une optique de connaitre ses limites, produisant l’envie de réaliser un film érotique, porno. Il se demande comment ce film pourrait résonner chez les autres, il cherche plus précisément à susciter une tension sexuelle. Ayant moins de temps à cause de son emploi actuel, il se concentre davantage, actuellement, à la sculpture en céramique et au livre qu’il aimerait publier. Il perçoit la céramique comme une évolution volumétrique de la photographie, c’est un art qui connait toujours des distorsions. Son projet Camera Apocrifa Installation en est la preuve même : sur les 84 phallus représentés, tous ont connu des distorsions, rendant la réplicabilité impossible.

Laurent photographie à l’argentique, non pas par préférence, simplement parce que l’outil, plus organique, se prête davantage à ses travaux. Il préfère le résultat obtenu, que ce soit au travers des couleurs ou de la lumière qu’il trouve plus douce. Enfin, ses inspirations se constituent dans tout ce qui est de l’ordre du pictural et de la photographie religieuse. 

Dylan Taher, un travail consacré à sa réalité locale

Dylan a débuté la photographie il y a maintenant 4 ans. Dans une période sans formation, assez trouble, il s’est lancé dans des projets liés au quartier des Palettes, où il a grandi. Ses envies venaient d’abord d’un désir de photographier ses amis, puis, au fur et à mesure, elles se sont précisées avec une volonté de parler davantage de son quartier, d’illustrer sa réalité, celle qui, selon lui, ne correspond pas à la majorité.

« J’avais toujours cette frustration auprès des gens de la ville qui ne connaissaient pas les quartiers à Genève, qui pensaient que ça n’existait pas un quartier difficile et que, en Suisse il n’y avait pas de zones précaires. J’ai donc commencé à prendre des photos de mon quotidien sans prétention. Ces travaux se sont conçus autour d’une volonté d’assumer pleinement nos codes et rendre hommage à ma génération ». Ses inspirations s’ancrent autour de chez lui, dans des moments de fraternité, de partage mais aussi de trahison et de violence. Ces émotions contradictoires font qu’il se consacre aussi à la vidéo, ayant l’impression parfois que la photographie ne lui suffit pas pour questionner la marginalité. Il raconte qu’il est content d’avoir pu, à son échelle, amener une certaine lumière sur son quartier auprès de la ville. « On en parle plus, les gens du quartier sont moins pudiques qu’avant et osent davantage se lancer dans leurs projets. »

Dylan poursuit actuellement un cursus en cinéma à la HEAD et travaille partiellement pour la RTS. Il vient de clore son deuxième documentaire avec couleur3 sur le parcours de Dahlia Monteiro, basketteuse internationale suisse. Il espère réaliser prochainement son premier long métrage avec l’aide de tout le quartier.

Eric Vansende, de l’instinct à la recherche des émotions

Eric pratique la photographie depuis maintenant deux ans. Il a d’abord commencé par photographier ses proches, ses amis et sa famille avant de rencontrer Justine Stella Knuchel en 2019, avec laquelle il passera du temps à pratiquer et découvrir la photographie argentique.

La photographie est un moyen personnel de se projeter au travers de ce qu’il ressent. Il apprécie de pouvoir capturer les scènes qui regorgent d’émotions, qu’elles soient constituées de joie, de tristesse, d’angoisse ou de colère. En plus des émotions qu’il ressent au travers des personnes qu’il rencontre, certaines formes artistiques le touchent particulièrement ; il pense notamment à la danse et à la musique. Eric n’a pas de méthode particulière pour obtenir un résultat précis, il se fie à son instinct et se laisse la plupart du temps surprendre par l’inattendu. Ses démarches artistiques se situent principalement autour de l’attention qu’il porte aux personnes ; pour lui, chaque individu dégage une présence particulière. Les expressions du visage que les personnes lui proposent créent généralement le résultat qu’il souhaite obtenir, aussi naturel qu’il soit. 

Eric n’a actuellement pas de projets à venir, il préfère pour l’instant se renseigner sur le parcours de différents photographes pour comprendre leurs pratiques et particularités. Dans ses futures photographies, il souhaite notamment s’inspirer des compositions imaginées par la photographe Harley Weir.

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