Biennale de l’Image en Mouvement 2018

Lawrence Abu Hamdan, Wall Unwalled, 2018. Courtesy of the artist & Centre d'Art

Rendez-vous phare de l’art contemporain à Genève, la Biennale de l’Image en Mouvement commence ce jeudi. Après trois jours d’inauguration à la programmation étoffée, l’exposition se poursuit jusqu’au 3 février 2019 au Centre d’Art Contemporain. Rencontre avec Andrea Bellini et Andrea Lissoni, curateurs de la BIM 2018 dont le titre, ‘The Sound of Screens Imploding’, affirme l’orientation vers un au-delà des dispositifs de projection traditionnels.

Rencontrés à une semaine de l’inauguration de la BIM 2018, alors que l’on s’affaire pour mettre en place l’exposition, Andrea Bellini et Andrea Lissoni font preuve d’un calme et d’une décontraction qui étonnent : le retentissement des implosions d’images promis par le titre de la nouvelle édition de la Biennale ne semble guère les inquiéter. Bien au contraire, ils se réjouissent d’ouvrir une nouvelle page de l’histoire de la Biennale de l’Image en Mouvement, qui, historiquement créée pour mettre en valeur l’art vidéo, s’ouvre aujourd’hui au devenir écran du monde. Andrea Bellini aborde l’édition 2018 comme une nouvelle étape dans une réflexion de fond menée sur le format de la biennale. Andrea Lissoni, qui considère la vidéo comme une manière d’être au monde fluide et réceptive, y voit une invitation à l’ouverture et à l’hybridité artistique. Les deux curateurs ont une vision de leur travail enracinée dans une histoire au long cours, en révolution constante : comme celle de l’image, qui sort aujourd’hui des écrans pour mieux exister à travers le son. C’est du moins que ce qu’affirme Andrea Bellini, alors qu’il évoque l’installation Orcorara (tres estrellas todos yguales) de la musicienne Elysia Crampton exposée au Commun jusqu’au 2 décembre : « Dans cette installation, l’image en mouvement est une image mentale. L’intensité de l’éclairage de la salle évolue au fil de la musique, jusqu’à ce que la salle soit plongée dans l’obscurité ».* Ainsi, les images convoquées par les sonorités épiques de la composition musicale ne défilent ni au rythme cinématographique de 24 images par seconde, ni selon la fréquence des émissions cathodiques d’un moniteur vidéo ou de l’envoi de signaux digitaux, mais affirment au contraire la puissance de l’imagination humaine. À ce titre, l’installation de Crampton fait figure d’œuvre paradigmatique pour cerner la problématique de la BIM 2018 : saisir à quel(s) niveau(x) l’image en mouvement existe aujourd’hui au-delà de l’écran. « Dans la séquence historique qui est la nôtre, nous vivons un véritable basculement anthropologique : les images sont devenues la base de l’existence humaine ; nous communiquons et vivons entourés par elles », lance Andrea Bellini, qui a voulu une Biennale en mesure d’aborder ces transformations.

Meriem Bennani, HWC explained by Croco (still), 2018. Courtesy of the artist, Centre d’Art Contemporain Genève & SIGNAL

Cette orientation thématique contraste avec les éditions précédentes, qui laissaient les artistes libres de tout thème imposé. « Les Biennales de 2014 et 2016 s’apparentaient à des constellations d’expositions personnelles. Cette fois-ci, nous avons voulu trouver une connexion entre les différentes pièces produites », explique Andrea Bellini. L’une des singularités de la Biennale de l’Image en Mouvement est d’être une plateforme non seulement d’exposition, mais aussi de production. Suite à sa nomination à la direction du Centre d’Art Contemporain Genève en 2012, Andrea Bellini relance la BIM, créée par André Iten en 1985. « J’ai toutefois voulu en modifier les modalités en m’engageant à produire les œuvres destinées à être exposées. Aussi, plutôt que d’être la projection mentale d’un curateur pensé comme un deus ex machina, chaque Biennale est le fruit d’une collaboration entre curateurs et artistes. En somme, la BIM a été relancée avec l’intention de détourner l’attention de la figure un peu envahissante du curateur pour mettre en valeur l’autonomie artistique de l’œuvre ».

Dans les œuvres produites pour la BIM 2018, la volonté de libérer l’image des écrans traditionnels s’accompagne d’un désir d’émancipation au regard du mode réaliste et documentaire, à l’instar de l’installation vidéo de l’artiste Meriem Bennani Party on the Caps, qui imagine un monde où la téléportation serait devenue possible. « Son œuvre aborde des questions liées à la misogynie, à la discrimination raciale et à l’immigration, mais dans un esprit toujours très surréaliste », analyse Andrea Bellini. « L’exposition est traversées par des questionnements politiques, mais elle présente avant tout des œuvres autonomes, qui ne se réclament d’aucune forme d’activisme : sans être didactiques ou illustratives, elles parlent de leur temps ». Vingt œuvres nouvelles constituent le cœur de cette BIM 2018 pensée non comme la recherche d’un temps perdu, mais comme l’exploration d’un Zeitgeist aux contours incertains.

* Elysia Crampton sera présente au Commun jeudi 8 novembre dans le cadre d’une performance organisée à l’occasion de l’inauguration de la BIM 2018.

 

Biennale de l’Image en Mouvement 2018. Inauguration 8-10 novembre 2018. Expositions et projections en boucle jusqu’au 3 février 2019. Lieu principal : Centre d’Art Contemporain Genève, Rue des Vieux-Grenadiers 10, 1205 Genève. Plus d’informations sur http://biennaleimagemouvement.ch/

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *