Label Suisse Festival, la fête de la musique suisse à Lausanne

(© Label Suisse Festival)

Le Label Suisse Festival édition 2018 débute ce vendredi à Lausanne. Des groupes provenant de 13 cantons suisses se produiront sur dix scènes lausannoises. Mais au-delà des 100 artistes et de toutes les rencontres et concerts (gratuits !) prévus, EPIC se penche sur le travail de programmation d’un tel festival avec Stefano Saccon, membre du comité de programmation et directeur de l’École des musiques actuelles (ETM).

Comment êtes-vous arrivé à la tête de la programmation jazz du festival ?

Je n’étais pas là lors des premières éditions du festival, fondé par la RTS en 2004. En 2012, la RTS a lâché le projet mais la Ville de Lausanne, a voulu qu’il perdure. On a alors fait appel à moi pour la programmation jazz compte tenu de mes connaissances dans le domaine liées à mes activités de directeur à l’EJMA (École de jazz et de musique actuelle de Lausanne) et de musicien. Aujourd’hui, c’est ma quatrième édition à ce poste.

Comment se déroule la programmation d’un festival comme Label Suisse ?

Nous avons un Comité de programmation composé de cinq personnes plus des intervenants, responsables par genres ou par clubs. On doit arriver avec une offre de projet de groupe représentative de la Suisse, au-delà de tout style musical. Avant même de travailler sur la programmation, c’est-à-dire de définir des axes, de rechercher une cohérence, etc., plusieurs « filtres » s’appliquent. Premièrement, la Fondation Pro Helvetia, qui a pour mission de soutenir pendant trois années des groupes suisses, propose une liste d’artistes dont je peux m’inspirer. Deuxièmement, l’Office fédéral de la Culture (OFC) propose aussi certains artistes à travers sa liste de nominés pour leurs « Prix Suisse de musique ». Troisièmement, la RTS, partenaire média le plus important, peut parfois préférer certains artistes qu’elle n’a encore jamais capté à d’autres qui sont déjà été enregistrés en audio et/ou en vidéo. Mais malgré ces filtres, je dispose de pas mal de liberté dans la programmation des groupes.

Comment découvrir et être à l’écoute des dernières tendances musicales ?

Je me tiens au courant de plusieurs manières. D’abord je découvre des artistes à travers les propositions de Pro Helvetia et de l’Office fédéral de la Culture, qui me sont surtout utiles pour connaître le paysage musical du Tessin et d’une partie de la Suisse allemande.

Je repère aussi des groupes grâce au Festival JazzContreBand, dont je suis président. Ce festival a pour but de stimuler la circulation des artistes de jazz de part et d’autre de la frontière franco-suisse. On a créé un tremplin pour les artistes, donc forcément on écoute et on découvre. Par ailleurs, je suis proche de certains professeurs et diplômés de la Haute École de Musique (HEM), qui me font part de leurs trouvailles musicales. Ainsi, pour tout ce qui provient de Suisse romande et de France voisine, je connais plutôt bien.

Avez-vous encore le temps de découvrir des artiste ou groupes à travers des concerts ?

Je tiens à préciser que je ne rempli pas le rôle de programmeur, au sens classique du terme, pour le Label Suisse Festival. J’entends par là que je ne passe pas mes week-ends à parcourir les salles de concert d’Europe ou du monde à la recherche de nouveaux talents que je pourrais programmer. J’ai ainsi moins l’occasion d’assister à de nombreux concerts chaque année.

Dans l’ensemble, je dirais que je vais parfois à des concerts mais moins qu’avant. D’un autre côté, je fais de nombreuses découvertes à l’aide du web et aussi grâce aux échanges et discussion entre musicien.ne.s et élèves ici à l’ETM.

Pourquoi le festival se déroule chaque deux ans et pas chaque année ?

Historiquement, la RTS organisait le Label Suisse Festival et Les Schubertiades en alternance. Puis, faute de moyens, la RTS a dû renoncer à son soutien. Le comité a déjà réfléchi à rendre le festival annuel mais cela posait quelques problèmes. Le principal était que la Grande scène sur la Place centrale possède près de 5’000 places. Or, il est relativement difficile de trouver des artistes reconnus, avec un projet qui tient sur le long-terme et qui sont capables de faire le plein sur cette scène. Des Stephan Eicher, Stress, Bastian Baker ou Kadebostany, il n’y en a pas tant que ça ici. On ne veut pas envoyer un groupe au casse-pipe sur la Grande scène devant 300 personnes et proposer des groupes nouveaux chaque année n’est pas évident.

Pourquoi selon vous y a-t-il de moins en moins de projets sur le long-terme ?

Je pense qu’il y a, entre autres, deux raisons à cela. La première est qu’il y a de moins en moins de subventions individuelles car il y a de plus en plus de demandes. La seconde est que les gens jouent maintenant dans plein de groupes différents simultanément. Il est donc plus rare qu’un groupe reste ensemble sur le long-terme, et toujours avec une démarche originale.

Revenons au Label Suisse Festival, pouvez-vous nous parler de votre programmation ?

Nous avons sélectionné 13 projets ou groupes de jazz. Parmi eux, Christophe Stiefel, 57 ans, viendra vendredi avec son septet. C’est un musicien qui a étudié la musique à une époque où les HEM n’existaient pas encore, et qui a développé sa propre procédure d’écriture polyrythmique : les « isorythmes ». Le lendemain, on aura la chance d’avoir Arthur Hnatek, un des batteurs les plus talentueux de sa génération, passé par le Conservatoire populaire de Genève et l’EJMA et qui a terminé son Bachelor à New-York. Depuis, il travaille avec Tigran Hamasyan et Erik Truffaz. Sa musique est au carrefour de ses inspirations pop, jazz et électro, d’une complexité incroyable sans être « pénible » à écouter. Il présentera son projet solo « Swims » qui mélange jazz, musique électronique et DJing. Je mentionnerai aussi ici Nik Bärtsch et son groupe, qui offrent une musique répétitive, sans vraiment mélodie ni impro au sens classique/jazz du terme, mais avec un groove particulier et une énergie impressionnante. Enfin, le concert de Pierre Audétat vaudra le détour. L’artiste lausannois utilise du sampler et de l’électro avec le jazz. Il mélange en plus sa musique avec de courts extraits vidéos pour mettre en scène des personnages. Il se produira samedi avec deux rappeuses elles aussi lausannoises : La Gale et Nya.

En outre, avec la Conférence des directeurs des écoles de jazz suisses dont je fais partie, nous tenons à mettre en avant la filière pré-professionnelle / pré-HEM. Nous avons pour objectif de valoriser le réseau et ses élèves, c’est pourquoi nous avons programmé en plus sept groupes de jeunes qui présenteront leurs projets personnels.

Ainsi, ce ne seront pas uniquement les régions qui seront représentées au Label Suisse Festival mais aussi les générations.

Il semble que la programmation jazz de cette édition ne se limitera pas au jazz « classique »…

C’est bien ça, certains diront « est-ce encore du jazz ? », mais pour moi, le jazz n’est pas une musique, mais un état d’esprit. C’est une éponge qui est capable d’absorber des genres musicaux tout en les respectant. Le jazz repousse les limites musicales et questionne notre société.

Les groupes programmés ont des approches et des historiques différents mais la qualité est très élevée. Au final, chaque deux ans, on arrive à proposer des artistes dont les Suisse.sse.s peuvent être fier.e.s !

 

Le site pour le Label Suisse Festival se trouve ici !

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