La sérigraphie, véritable hub de création

Crédit : Sophie Benvenuti

EPIC a signé vendredi dernier la newsletter culturelle d’Heidi News. L’occasion pour la rédaction de parler à un large public de l’association La Tragédie, de lectures livrées à domicile et de sérigraphie. Une série de trois articles disponible sur le site d’Heidi News depuis vendredi et à découvrir cette semaine sur EPIC Magazine.

Depuis plus d’un an et avec l’arrivée de la pandémie, certaines anciennes techniques d’impression reviennent en force. C’est le cas notamment de la sérigraphie. Décryptage.

Imprimer soi-même le motif de son choix sur des t-shirts, des sacs en toile ou même sur des affiches, c’est ce que permet la sérigraphie. Cette technique est similaire au principe du pochoir. On tend un tissu sur lequel on fait traverser de l’encre afin de voir apparaître le motif. Un motif qui peut être ensuite démultiplié (presque) à l’infini.

À Genève, au cœur du quartier de la Jonction, se trouve l’Usine Kugler, haut lieu de création regroupant de nombreux ateliers. On s’y rend pour visiter l’espace de Christian Humbert-Droz, artiste sérigraphe en activité depuis plus de 40 ans. Son crédo : il travaille presque exclusivement sur des projets en lien avec la culture. « Il fallait se spécialiser pour ne pas se faire manger par le numérique. Faire des productions sur-mesure et toucher un marché de niche, ça m’a permis de toujours garder du travail », explique l’artiste.

À septante-trois ans, Christian Humbert-Droz passe actuellement le flambeau à Sabrina Peerally, fondatrice de l’atelier Madame : « Depuis que j’ai commencé la sérigraphie, je n’ai pas véritablement changé ma manière de travailler, mais tous les jours en me baladant je vois de plus en plus de nouveaux ateliers qui proposent plus particulièrement de l’impression sur textile », indique-t-il.

De multiples associations, groupes et structures actives dans ce domaine ont vu le jour ces derniers mois, à l’instar du Studio Q90 à Bienne. L’atelier a été fondé fin 2020 par deux artistes, Sophie Benvenuti et Felix Stöckle. Ils·Elles proposent des expositions, des performances mais font principalement de la sérigraphie sur papier comme sur textile : « Ce qui m’a intéressé dans cette pratique, c’est qu’elle laisse une vraie place à la création. Ce n’est pas juste une imprimante : beaucoup de variables dépendent de l’artiste qui peut décider s’il·elle veut faire des résultats uniques ou non », indique Sophie Benvenuti.

Un changement de paradigme

La sérigraphie n’est en soi pas une nouveauté. Elle a été popularisée notamment dans les années 60 par Roy Lichtenstein et la célèbre Factory d’Andy Warhol. En Suisse, la technique revient sur le devant de la scène par vague. Elle a été utilisée pour d’autres types de productions que des contenus publicitaires. « On a été parmi les premiers à faire des livres, des fanzines et de la BD imprimés en sérigraphie. Ça a vraiment commencé à Genève et ça s’est vite répandu », précise Christian Humbert-Droz. Il se définit comme un précurseur de la branche qui s’est démocratisée il y a une quinzaine d’année. Car si la sérigraphie a longtemps été considérée comme un moyen de production artistique ou culturel, elle est dorénavant plutôt vue comme un art à part entière, comme l’explique Sophie Benvenuti : « Je pense que la sérigraphie est hybride entre la pratique artistique et l’impression industrielle. C’est l’artiste qui décide de la couleur et qui expérimente totalement, comme s’il était un rouage de l’imprimante. »

Des ateliers à succès

Que ce soit à l’Usine Kugler ou au Studio Q90, des ateliers sont proposés. À Genève, les derniers ont eu lieu début du mois de mai et ont rencontré un grand succès, comme l’explique Christian Humbert-Droz : « On fait ça depuis des années et à chaque fois c’est plein. La sérigraphie a quelque chose de magique. C’est manuel, tu peux fabriquer ton propre objet avec la satisfaction de l’avoir créé toi-même. » Sophie Benvenuti abonde dans le même sens. Elle note une envie toujours plus présente du fait-maison : « Dans les cercles artistiques, la sérigraphie a toujours été là, sans jamais vraiment être la star. Je pense que les gens s’intéressent de plus en plus au côté artisanal, au fait de créer un objet soi-même et de ne pas le commander sur un site étranger… ça fait écho à des thématiques actuelles, comme l’écologie ou le local. En plus, la pratique de la sérigraphie est ludique, donc ça peut facilement plaire. »

Les cours d’initiation sont individuels et personnalisés au Studio Q90 à Bienne. À Genève, il s’agit de portes ouvertes à toutes et à tous, « plus il y a de fous, plus il y a de bordel, plus on aime ça ! », conclut Christian Humbert-Droz.

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