Ciné-club Universitaire: « Dieux et héros »

Maria Callas dans Medea (Pier Paolo Pasolini, 1969)

L’Auditorium Arditi accueille du 9 janvier au 27 mars un cycle consacré aux représentations cinématographiques des mythologies gréco-romaines et nordiques, des années 1920 à la première décennie du troisième millénaire. Combinant allègrement films d’auteurs, péplums italiens et epics américains, la programmation défend une vision éclectique du cinéma.

« Dieux et héros » : le titre du cycle de printemps du Ciné-club Universitaire de Genève évoque de manière presque automatique un cinéma de divertissement dont l’âge d’or culmina, en Europe et aux États-Unis, autour des années 1960. Il est vrai que dans les péplums italiens ou les epics américains réalisé à cette époque, les personnages mythologiques se voyaient octroyer une visibilité pareille en nul autre genre. Pourtant, dès lors que l’on jette un œil à la programmation de la rétrospective, force est de se rendre compte que l’on aurait tort de réduire les adaptions filmiques de la mythologie gréco-romaine à ce seul type de cinéma. Comme si Pasolini, Cocteau ou Cacoyannis, à peu près à la même époque, n’avaient pas eu leur mot à dire sur le sujet. Et encore : pourquoi enfermer le cinéma mythologique dans le carcan des années 1950-1960, comme s’il n’y en avait eu ni avant ni après ? Du cinéma des premiers temps à nous jours, il existe en effet une tradition de films puisant allègrement dans le répertoire de la mythologie gréco-romaine. Rien d’étonnant à cela : sans cesse réactualisés d’époque en époque, de médium en médium, ces récits fournissent des expédients narratifs efficaces comme des motifs à la légitimité culturelle solidement établie. Aussi, tout autant le cinéma d’art et essai que le cinéma d’exploitation ont fait main basse sur ces réservoirs d’histoires qui, comme la mer de Valéry, sont « toujours recommencées ».

Die Nibelungen: Kriemhilds Rache (Fritz Lang, 1924)

Die Nibelungen: Kriemhilds Rache (Fritz Lang, 1924)

Le cycle réserve un parcours très libre à travers la nébuleuse des films mythologiques. Parmi les grands classiques, Die Nibelungen de Fritz Lang (1924), projetés sur deux séances, fait figure d’exception au sein de la programmation, dans la mesure où il s’agit de la seule œuvre de la rétrospective à puiser dans le répertoire de la mythologie nordique. Production extrêmement ambitieuse conçue par Lang et Thea von Harbou, ce majestueux diptyque, célèbre pour ses effets spéciaux et visuels innovants, relate les aventures de Siegfried, devenu invincible après s’être baigné dans le sang d’un dragon. Aux côtés de Fritz Lang, parmi les autres cinéastes auteurisés mis à l’honneur par le cycle, on trouve Georg Wilhelm Pabst (L’Atlantide, 1932), Jean Cocteau (Orphée, 1950) Michael Cacoyannis (Ilektra, 1962) Pasolini (Medea, 1969) et les frères Coen (O Brother, Where Art Thou ?, 2000). Du côté de l’entertainment, deux epics américains réalisés à quarante ans d’intervalle, Jason and the Argonauts (Don Chaffey, 1963) et Troy (Wolfgang Peterson, 2004), permettent d’appréhender l’évolution des modalités des représentations de la mythologie grecque au sein de l’industrie américaine.

Jason and the Argonauts (Don Chaffey, 1963)

Jason and the Argonauts (Don Chaffey, 1963)

En marge de ces deux films célébrissimes, le cycle réserve quelques surprises à traves la projection de trois films relativement peu connus. Le premier, Maciste all’inferno (Guido Brignone, 1925), l’un des 26 films muets inspirés par le personnage de Maciste crée par d’Annunzio dans Cabiria (1914), entremêle imagerie chrétienne et influences mythologiques. Le deuxième, Doctor Cyclops (1940) d’Ernest B. Schoedsack, le réalisateur de King Kong, constitue une adaptation très libre de l’épisode du cyclope relaté dans L’Odyssée. À la croisée de l’horreur et de la science-fiction, ce film d’aventure tourné en Technicolor relate l’expédition d’une équipe de scientifiques américains dans la jungle péruvienne, où l’un de leur collègue mène de curieuses expériences destinées à changer la taille des êtres vivants. Parvenus à destination, les héros seront les premières victimes du scientifique fou, qui parvient à les rapetisser. Aux yeux de ces derniers, qui mesurent plus que trente centimètres, le minéralogiste maléfique apparaît dès lors comme une réincarnation du cyclope, à l’emprise duquel ils devront échapper. Enfin, troisième surprise réservée par le cycle, Ercole al centro della terra (Hercule contre les vampires, 1961), réalisé par Mario Bava et Franco Prosperi, s’inscrit dans la série des dix-sept productions italiennes articulées autour du personnage d’Hercule qui furent réalisées entre 1957 et 1965. Sixième de la liste, le film de Mario Bava est un chef-d’œuvre de cinéma de genre. Hercule, dont l’amante a perdu connaissance, demande conseil auprès d’un oracle qui lui révèle que le seul moyen de réveiller sa bien-aimée est de recourir à une pierre aux vertus miraculeuses située dans le royaume d’Hadès. Hercule aura à affronter le maléfique Lico (Christopher Lee), l’auteur de l’ensorcellement dont l’amante d’Hercule est la victime. Avec sa palettes de couleur éclatantes, son esthétique pop qui rappelle certaines œuvres d’Andy Warhol, Ercole al centro della terra aurait certainement eu de quoi faire pâlir d’envie Visconti.

Cycle « Dieux et héros », du 9 janvier au 27 mars. Tous les lundis à 20h à l’Auditorium Arditi. Plus d’informations sur : http://www.unige.ch/dife/culture/cineclub/dieuxetheros

 

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