Le cri de Meliké Oymak avec « Maman, je veux retourner dans tes entrailles »

A l’occasion de sa présence au Salon du Livre du 1e au 5 mai, Meliké Oymak s’est confiée sur l’écriture de son premier roman Maman, je veux retourner dans tes entrailles – récit où violence et amour paraissent indissociables.

S’il n’y avait qu’un mot à retenir du premier roman de Meliké Oymak, publié il y a quelques mois aux Éditions des Sables, c’est le cri. Dès les premières lignes la lecture se fait dans la course, à bout de souffle on assiste à la fugue d’Amélie 13 ans. Après quelques pages se dessinent les raisons de cette fuite : le rapport plus que conflictuel avec sa mère toxicomane, le poids d’un passé tu, l’absence d’un père inconnu. Livrée à elle-même la narratrice s’enlise dans un isolement destructeur, chaque main tendue semble ennemie, mais à qui faire confiance quand depuis l’enfance la seule personne encline à vous porter de l’affection répète que votre présence n’est pas désirée, que vous êtes là par manque d’argent car au lieu de l’utiliser pour avorter il est parti dans une dose d’héroïne.

« Mon ventre hurle son vide, qui résonne entre mes côtes. […] Maman, est-ce que tu as remarqué mon absence ? Est-ce que je te manque autant que tu me manques ? Maman, est-ce que tu t’es inquiétée ? »

Si les cris de désespoir et les appels à la mère ponctuent ce roman, la colère n’en est pas moins le nœud central. La voix d’Amélie est brutale froide et blessée, s’emportant avec force au moindre courant d’air, la colère comme une tempête qui ne trouve de répit. « Vivra celui qui survivra. » La puissance et singularité de cette voix c’est sa densité, entre phrases hachées et répétitions prononcées. Est-on en empathie avec le personnage ? L’envie y est et, comme pour Adam l’infirmer, on voudrait prendre cette jeune adolescente dans les bras et lui faire ouvrir les yeux sur ce qui l’entoure, mais Amélie s’enferme dans une réalité qu’elle construit au cours du roman.

Je sens les larmes qui montent. Je ne veux pas que ce soit elle. Je ne voudrais plus rien à voir avec ma famille, je suis bête, tellement bête. […] J’ai peur. J’essaie de lui arracher le téléphone des mains mais [Adam] se lève et va plus loin. Il me lance des regards qui me disent de me calmer, que tout ira bien, qu’il est là. Je me blottis dans ses yeux. 

Maman, je veux retourner dans tes entrailles a été un travail de longue haleine pour son auteure. Entre envie soudaine, écriture, réécriture, envoies, relecture et publication se sont écoulées quatre bonnes années.

« Je me souviens qu’un samedi matin en mai 2014, je me suis réveillée avec l’idée d’écrire un roman. J’avais le titre en tête Ailleurs mais plus ici. J’avais déjà écrit des poèmes et quelques nouvelles mais ce jour-là, je voulais produire quelque chose de plus conséquent. J’avais imaginé une histoire, il m’a fallu neuf mois pour écrire sa première version. En neuf mois, l’histoire a évolué en même temps que moi, j’avais que quatorze ans. Les personnages se sont affinés aussi, c’est au fil de la rédaction que l’intrigue s’est précisée. Je l’ai ensuite repris à mes seize ans et j’ai modifié autant sa forme que son fond, même son titre avait changé : Intolérance à la vie. La réécriture m’a pris six mois de travail quotidien. Finalement, lorsque les Editions des Sables ont accepté de l’éditer, je l’ai épuré. J’ai dû y avoir supprimé 20’000 mots de la version actuelle.

J’ai essuyé de nombreux refus auprès de maisons d’éditions avant la réponse positive de celle des Editions des Sables. Certaines ne se justifiaient pas, d’autres disaient que mon style n’était pas fini encore. Maintenant je peux le comprendre. Mon style mûrit sans cesse et celui de mon roman n’est plus du tout le même que j’ai actuellement.

D’ailleurs, je ne me reconnais plus autant dans mon roman. J’ai eu besoin de l’écrire à une période de ma vie mais cette période est terminée. Ce n’est plus moi, ni le type de texte que j’écris actuellement, j’en reste satisfaite. De même pour les personnages, je les ai tellement côtoyés qu’ils resteront toujours un peu en moi, j’ai grandi avec eux, mais ils font désormais partis du passé.

Le fait que mon roman soit publié des années après sa rédaction me fait bizarre. C’est comme un décalage d’être reconnue maintenant pour quelque chose qui ne me représente plus. »

Pour découvrir plus encore le parcours de Meliké Oymak ainsi que celui de son roman, elle sera présente au Salon du Livre à Palexpo sur le stand des Editions des Sables et plus particulièrement jeudi 2 mai à 17h sur la scène du Cercle pour un débat sur l’âge et l’écriture ainsi que dimanche 5 à 15h sur la scène Suisse. Vous pourrez alors vous procurer Maman, je veux retourner dans tes entrailles ou directement sur le site des Editions des Sables.

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