A 35 ans, Dialogai relance son Cinéclub

Je rejoins Olga Baranova et Pascal Messerli au lendemain de la fête des 35 ans de Dialogai aux Halles de l’Ile, qui était aussi le vernissage du livre de Richard Bonjour, paru à l’occasion (avec des photos de Nicolas Schöpfer). Petite randonnée dans l’histoire d’une vie associative LGBT unique en Suisse avant de découvrir les coulisses du Cinéclub.

Bienvenue dans l’enregistrement. Bien, la fête hier soir ?

Pascal : Très très très bien : vraiment sympa, amical, très bonne musique !

Olga : Très chouette ambiance : les gens ont dansé dès le début. Et toute la « famille » était là !

 

Pouvez-vous me raconter dans les grandes lignes 35 ans d’existence de Dialogai ?

Pascal : C’est parti d’une association qui s’appelait le GHOG (groupement homosexuel genevois) ; tu vois, il y avait beaucoup d’humour dès le départ !

Olga : Ensuite, l’asso a fait plein de petits : la première permanence SIDA de Suisse, Checkpoint aux Grottes, qui est devenu un centre de santé communautaire ; Totem, le groupe jeunes aujourd’hui rattaché à la Fédération genevoise des associations LGBT. Le bébé le plus récent, né en mars 2015, c’est le Refuge Genève.

Pascal : Le premier refuge LGBT de Suisse. 120 jeunes LGBT ont sollicité le service social depuis son ouverture, six ont été hébergés. Les travailleuses sociales proposent du suivi individuel, elles font parfois des médiations familiales. Et en collaboration avec le tribunal des mineurs, on accueille aussi des jeunes qui ont été condamnés pour actes homophobes : 3h de travaux d’utilité publique, 1.5h d’échange avec une animatrice et 1.5h de rencontre-témoignage avec un membre de Dialogai ; je l’ai fait avec mon fils, c’était très fort ! On va aussi dans les classes et les foyers pour lutter contre l’homophobie.

 

D’autres cantons vous ont contacté-e-s pour mettre en place des refuges chez eux ?

Olga : Oui, des députés de Vaud et du Valais, ce qui a donné suite à des motions et postulats parlementaires. Nous avons aussi reçu l’intérêt de militants à Fribourg.

 

Qu’est-ce que ces murs ont vu/entendu ?

(Rires). Pascal : Il y a eu des Genschafts, des soirées et des afters, assez coquines d’après les anciens !

Olga : Visiblement, toujours selon des anciens, ces murs ont vu pas mal de choses ! (Rires) Mais c’est anecdotique : en dehors de ça, il y a eu ici des mariages – homo comme hétéro, ce qui est assez génial – des spectacles de danse et des fêtes du 14 février, mixes ou pas mixtes et toujours très joyeuses.

Pascal : Pour la petite histoire, Jimmy Sommerville est venu à une de nos fêtes il y a trois ans. Il y a aussi diverses activités : méditation, gais randonneurs, apéros et un groupe de walking qui a participé pour la première fois à la course de l’Escalade. On va bientôt transformer la grande salle pour en faire un espace de jour ouvert sur le quartier, pour des anniversaires, des cours de danse, de yoga, des apéros, etc.

 

Disparu en 2014, le Cinéclub Dialogai a redémarré cet automne, rejoignant dans la magnifique grande salle ceux de Lestime et d’Asile LGBT Genève. Souhaité par l’équipe et le comité de Dialogai, le projet se concrétise dans la passion d’Olga Baranova et de Felix Rüdiger, récemment arrivé à Genève.

Vous deux, quel sont vos plus beaux souvenirs de cinéma ?

Pascal : Je suis fan absolu de Tati et j’ai vu« Grease» au moins 15 fois ! J’ai aussi vu récemment un film formidable de Pierre Etaix ; il a gagné il y a peu un long combat contre la boite de production qui lui avait piqué tous ses droits.

Olga : Il y en a trois. En 2004, toute seule dans une petite salle du plus grand cinéma indépendant d’Europe, le Friederichsbau à Freiburg im Brisgau, j’ai vu « La Mala Educacion » de Pedro Almodovar, qui m’a beaucoup marquée. En 2014, j’étais à l’avant-première de « Le Cercle » à Lausanne en présence de Stefan Haupt  avec l’ensemble de la communauté LGBT de Suisse romande. Et le troisième, « Prora » à Genève, pour le lancement du Cinéclub Dialogai, avec la productrice Isabelle Gattiker et Stéphane Riethauser, le réalisateur.

 

Le thème Ville/campagne a été choisi comment ?

Olga : Genève est très urbaine et on voit pas ce qui se passe autour ; pourtant, la vie LGBT est riche et multiple dans les régions vaudoises, jurassiennes et valaisannes, par exemple. Ce qui m’intéresse, c’est les réalités LGBT en dehors de l’urbain : c’est la réalité de beaucoup de cantons qui nous entourent ! En plus, les films LGBT commencent souvent sur le jeune qui quitte sa campagne pour arriver dans la grande ville, lieu d’espoir, alors que la réalité n’est pas forcément comme ça. Du coup, ça nous intéressait Felix et moi de proposer une réflexion sur cette dichotomie.

En tant que personnalité politique engagée, tu trouves que ce serait un enjeu d’apporter la sensibilité LGBT en campagne ?

Olga : A Genève, non, parce que tout est près de la ville et que nous avons ici vrai un pôle de compétences. Par contre, dans les autres cantons, les initiatives locales méritent très clairement plus de considération et de moyens ! Il y a un énorme enjeu, notamment pour les organisations faitières nationales.

Les films que vous projetez, c’est plutôt du divertissement ou de la réflexion ?

Olga : Les deux. La force du cinéma, c’est qu’on peut aborder une réflexion importante de manière divertissante. Pour les séances en semaine, on vise plus des films entre guillemets ‘pointus’ et les échanges, avec lectures ou mise en contexte ; et pour les dimanches, c’est plutôt des comédies ou des romances grand public, juste pour le plaisir ! (Rire)

Quels films avez-vous envie de projeter à l’avenir ?

Olga : On a tellement d’idées ! « 120 battements par minute » est une évidence, mais aussi « Four More Years », une comédie suédoise absolument géniale. On est intéressés par deux types de films : d’un côté le cinéma LGBT, mais aussi les films ‘lambda’ qui font apparaître des protagonistes LGBT. C’est tout le discours de Xavier Dolan, par exemple : aujourd’hui, de plus en plus de films ‘classiques’ (qui n’abordent pas les enjeux LGBT) montrent deux femmes ou deux mecs qui s’aiment, simplement, normalement.

C’est passionnant de t’écouter, parce qu’il y a une vraie cinéphilie !

Olga : Oui, ça date pas d’hier on va dire. Pour l’anecdote, quand on s’est connu avec Felix, vers 13-14 ans, j’étais déjà à fond dans le cinéma LGBT et lui à fond dans le cinéma tout court. Je lui montrais de temps en temps des films LGBT que j’aimais, et il se plaignait : « encore un de tes trucs gays ! » Il a fait son coming out vers 19 ans, et il m’a avoué bien plus tard qu’à chaque fois, il revisionnait ces films que je lui avais montrés ! (Rire)

Pascal : Il y a des pays qui font plus de cinéma LGBT ?

Olga : La grande majorité, et ce qu’on connait, ça vient de TLA Releasing aux USA, qui fait beaucoup de comédies. En Europe, la grande boite de production haut de gamme, c’est Edition Salzgeber en Allemagne ; quand ils sortent un film, je sais que ce sera bien. Il y a une grande richesse, d’un pays à l’autre, les films LGBT changent énormément : aux USA, c’est très coloré, sous l’influence de la série Queer as Folk

Pascal : Qui était anglaise au départ, et aussi plus proche et plus humaine que la version HBO : dans la version anglaise, je vois mes potes !

Olga : Oui ! Et en Europe, tu as les caractères propres au cinéma de chaque pays. En Allemagne, des films longs et très calmes, beaucoup de dialogues, sans issue à la fin. En France, c’est plus léger, plus dynamique, mais avec une tendance au psychodrame… De plus en plus, des collaborations internationales et des productions de chaines publiques, comme Arte, tendent à gommer les caractéristiques culturelles spécifiques.

Est-ce que vous aimeriez aussi inviter des réalisateurs-trices ou des acteurs-trices pour des premières ou des rencontres avec le public ?

Olga : On l’a fait pour le lancement. On aimerait le faire encore, mais il y a peu de films suisses, et c’est compliqué de faire venir quelqu’un de l’étranger… Mon rêve suprême, ce serait d’inviter Pedro Almodovar !

 

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P R O C H A I N E S   P R O J E C T I O N S

12 décembre 2017 // La Clef des champs (Benjamin Cantu, DE) // 20h – 22h

09 janvier 2018 // Christopher et Heinz (Geoffrey Sax, UK) // 2oh – 22h

28 janvier 2018 // Big Eden (Thomas Bezucha, USA) // 15h – 17h

13 février 2018 // La Parade – notre histoire (Lionel Bauer, CH) // 20h – 22h

25 février 2018 // Tom à la ferme (Xavier Dolan, CA) // 15h – 17h

13 mars 2018 // Seule la terre (Francis Lee, UK) // 20h – 22h

Bandes annonces sur l’agenda Dialogai.

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