LEAP d’Adriano Koch : entre douceur et virtuosité

Le jour où nous le rencontrons, Adriano Koch porte un t-shirt noir sur lequel il a brodé PIANISTE. C’est ce qu’il est : un artiste souriant et passionné. A la terrasse d’un café de Nyon, il répond aux questions d’EPIC magazine, nous explique son parcours musical, sa façon de travailler et détaille les étapes successives qui le mèneront, jeudi prochain, à vernir son premier album solo, LEAP, entièrement auto-produit. Du haut de ses 19 ans, il nous présente un disque onirique et léché, un album dont le nom et la qualité devraient lui permettre de bondir sur le devant de la scène musicale suisse.

 

Adriano Koch commence le piano très tôt, à deux ans. Il a toujours su qu’il voulait faire de la musique, et se souvient d’avoir écrit ses premières partitions dans un petit carnet avant même de faire du solfège. Il est formé à l’Ecole de Jazz et de Musique Actuelle de Lausanne et où il apprend d’emblée à improviser. Il en sort à 15 ans.

Au moment où j’ai arrêté les cours de piano, j’ai vraiment commencé à faire de la musique. J’ai rencontré des musiciens, je me suis mis à jouer dans des groupes. J’ai travaillé avec des personnes qui avaient des projets, j’ai appris à défendre ces derniers et ça a été formateur. Je n’ai jamais autant progressé dans mon parcours qu’à cette époque.

Cette époque, c’est aussi celle durant laquelle il découvre la musique électronique. Deux ans plus tard, il abandonne le gymnase pour se consacrer pleinement à la musique. L’idée d’un projet solo prend forme, un projet qui lierait le jazz et l’électro, ses deux styles de prédilection :

La musique électronique d’une part, avec des artistes comme Jon Hopkins, Moderat,… ce n’est pas de la techno, plus une sorte de techno mélodique, avec une recherche de sons très prononcée. Je suis aussi influencé par Bon Iver par exemple, pour le côté plus pop. D’autre part, le jazz moderne bien sûr, dont pas mal d’inspirations israéliennes et arméniennes comme Shai Maestro ou Tigran Hamasyan. Ce sont des personnes qui arrivent à mélanger un million de styles ensemble. 

En faisant dialoguer jazz et électro, Adriano Koch aimerait réunir deux publics a priori antagonistes :

Il y a pas mal de gens qui ont ce cliché sur la musique électronique comme quoi « comme on joue sur tous les temps, ça donne ces trucs hyper répétitifs et agressifs ». Ça existe, mais j’ai envie de montrer qu’il n’y a de loin pas que ça. Et inversement, le premier concert de piano solo que j’ai fait, les gens disaient « je vais à un récital ». C’est un peu vieillot, ça ne fait pas envie à un public amateur d’électro ! J’ai envie de casser ça.

Revenons à la musique. Dans LEAP, une attention particulière a été apportée aux sons. L’album est un savant mélange d’électro et d’acoustique, de nappes sonores et de mélodies.

Je travaille beaucoup sur le sampling. J’enregistre par exemple le son d’un tintement de verre et à travers l’ordinateur, je le transforme et crée quelque chose de totalement différent. C’est pour ça que l’informatique musical est génial : il y a une infinité de sons, ce qu’on a pas forcément avec des synthés analogiques ou des instruments classiques. C’est à partir de ces sons, puis d’ambiances plus complètes et travaillées, que je me mettais à composer au piano pour l’album. Pour autant, je ne hiérarchise pas l’importance de ces deux instruments : je joue quelque chose de complet, et le piano, par moment, est complètement noyé par le reste.

 

Adriano Koch © Anne Gerzat

Ce premier projet solo est effectivement très riche, fait de multiples facettes et semble être en constante évolution. C’est logique : Adriano Koch a décidé de l’auto-produire, et (se) découvre tout au long du processus. Lors de l’enregistrement au Blend Studio, par exemple, 

il y a plein de choses qui ont changé. Je suis entré en studio avec des idées, et quatre jours après, j’en suis sorti avec des morceaux qui soit n’existaient pas, soit n’avaient rien à voir. J’avais un univers à disposition, des instruments, et je suis parti sur autre chose.

Le pianiste ne se cantonne pourtant pas seulement à l’aventure purement musicale, qu’il conçoit comme quelque chose de beaucoup plus global :

J’ai fait le mixage et le mastering moi-même, et le travail administratif me prends un temps très important – pour trouver des dates, faire les demandes de fonds, faire les visuels, faire des clips vidéo, etc. C’est très formateur ; je n’aurais jamais appris tout ça dans une école. Mais j’aimerais  vraiment que les gens se rendent compte que la musique est un métier à part entière et que je ne fais pas que jouer du piano dans ma chambre pour le plaisir. A vrai dire, c’est assez frustrant de jouer si peu en fin de compte!

La musique donc, de la composition au mastering, mais Adriano Koch ne s’arrête pas là. Il a décidé de prendre les rênes de la direction artistique et modèle sa propre image.

J’ai créé à la fois le visuel et tout ce qui est vidéo. Je filme, je pense mes clips. J’ai pris la décision de faire ça sur cet album car j’ai l’impression si je donne le message que je cherche à faire passer à quelqu’un d’autre, cette personne en proposera sa propre vision et ce sera moins authentique. Ça ne veut pas dire que ce ne sera pas bien, mais ce sera moins personnel. Je rêve d’un concert avec un visuel qui ne soit pas que du vdjing. J’aimerais commencer par penser un morceau avec des images – un mélange de photos, de vidéos et de dessins… Mais c’est quelque chose qui prend du temps et ce ne sera de loin pas cette année. 

Cette envie de faire intervenir d’autres formes d’art répond à celle de collaborations, musicales cette fois. Sur les morceaux LEAP et La Petite Mort, le pianiste a invité le guitariste Erwan Valazza, et cela ne semble être qu’un début.

Je pense que l’année prochaine, je fonctionnerai plus en featuring. J’ai envie de rencontrer des gens dans le cadre de ce projet, de faire participer d’autres personnes, pour que ça puisse grandir.

 

Leap, premier album d’Adriano Koch

LEAP est un bond. Un bond plein d’entrain à l’assaut de la scène musicale, évidemment, mais aussi un saut dans l’inconnu. Son jeune auteur et interprète déborde de projets et d’idées que nous avons hâte de découvrir. Commençons pas le vernissage : Adriano Koch présentera LEAP jeudi 27 septembre au Cinema CityClub, à Lausanne. Vous pouvez d’ores et déjà acheter votre billet ici. Il enchaînera ensuite avec une tournée dont vous retrouverez les dates sur son site ou encore sur sa page Facebook. Bonne écoute !

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