Au-delà du Ragnarok : Kaatarakt vernit « Echoes of the Past »

Crédits photo: Chester Civelli

La scène musicale genevoise est florissante. On s’intéresse ici au folk, pagan, black metal de Kaatarakt, dont un nouveau CD sortira officiellement ce samedi 12 mai à l’occasion de son vernissage. L’Espace Grosselin s’embrasera pour plonger dans un univers viking post-apocalyptique le temps d’une soirée… En présence de Marvin (chant), Marty (guitare) et Watson (batterie), on découvre les humains qui se cachent derrière le son explosif de ce nouvel EP, Echoes of the Past.

Le groupe, Kaatarakt

Crédits photo: Chester Civelli

Salut Kaatarakt ! On a dû vous le demander souvent, mais… Pourquoi ce nom ? Vos concerts nous en mettent-ils tellement plein la vue qu’ils rendent nos yeux malades ?

Marvin : On nous pose effectivement souvent la question. Je crois que je ne dirai rien à ce sujet, parce qu’il n’y a rien à en dire, en fait… J’ai proposé, ça a plu, on a gardé.

Watson : C’est catchy visuellement et phonétiquement. Et il y a un côté folk qui nous correspond bien.

Marvin : On nous a d’ailleurs à plusieurs reprises confondus avec Cataract, le groupe de metalcore suisse. On a même des fois été contactés pour des concerts grâce à cette ressemblance.

Marty : Et côté logo, on a initialement cherché à rappeler Yggdrasil, le fameux arbre mythologique. Grâce à des contacts avec les Genevois de Delion, on a notamment pu créer un lien avec le graphiste qui avait fait leur logo et on est très heureux du résultat, qu’on retrouve d’ailleurs sur notre second CD.

Si on fouille les racines de votre Yggdrasil à vous, qu’est-ce qu’on trouve à la base ?

Marvin : Ça remonte assez loin maintenant. On avait entre 15 et 17 ans quand on a commencé en 2011 à jouer avec Gaëtan, Yoann et Nico. On s’appelait alors The Useless 4, et on faisait un patchwork hasardeux mêlant punk, thrash et metal. On a toujours été majoritairement autodidactes. Ça a donné Nico à la guitare, Yoann à la batterie, Gaëtan au chant et moi à la basse. Puis on a été forcé de constater que c’était impossible comme ça au niveau du chant notamment. Du coup, j’ai pris le micro et Gaëtan est passé à la basse. On a joué ainsi pendant 3 ans environ en passant entre autres par le Festival Les Murs du Son, l’Undertown et la Villa Tacchini rénovée.

Watson : C’était fou de voir un public si présent pour ce qu’était ce groupe, techniquement parlant.

Marty : Ouais, c’était festif et ça ramenait du monde.

D’ailleurs, comment avez-vous rejoint le groupe, tous les deux ?

Marty : Moi je jouais dans Madnight, un groupe de rock blues. J’avais envie de faire du metal. À un moment, on a arrêté de jouer et j’ai rencontré Marvin. De leur côté, ils étaient blasés de The Useless 4 et voulaient changer de projet pour produire quelque chose de plus sérieux.

Watson : Ils ont fait un dernier concert, pour lequel Yoann ne pouvait pas être présent, et c’est là que j’ai eu mon premier contact avec eux ; je l’ai remplacé pour la soirée. Puis Yoann a voulu retourner à son instrument original (la guitare), alors ils ont lancé une recherche de batteur, mais j’étais en études et pas disponible.

Marty : Il se trouve que j’étais justement batteur avec Madnight, et j’ai pris le siège. Mais j’avais pas un niveau technique fou, il faut l’avouer…

Marvin : Quant à Malo, on l’a trouvé après avoir lancé une recherche de claviériste pour s’ancrer plus dans le folk, style qui correspondait pas mal à l’ensemble des membres du groupe. Malo s’est très bien intégré, et comme il avait fait des longues années de piano classique, il est aujourd’hui notre compositeur. C’est à lui qu’on doit tout l’EP d’ailleurs.

Watson : Ça a beaucoup bougé dans Kaatarakt, et Marty a dû partir à l’armée en 2015. Je l’ai remplacé derrière la batterie, et ça a eu un effet notable : Malo n’a plus eu besoin de se limiter techniquement du côté de ses compositions.

Marty : Ouais, t’avais un bien meilleur niveau que moi… Avec toi, on n’a jamais entendu “ je ne peux pas le faire ”. J’avoue que j’ai craint d’être foutu dehors suite à cette parenthèse armée… Mais quand je suis revenu quelques mois après, en 2 semaines de discussions à peine on était d’accord sur notre nouveau line-up : Watson gardait les baguettes et je m’attaquais à la guitare rythmique. C’est là que Kaatarakt, comme on l’entend aujourd’hui, est né.

Watson : Plus on est de fous, plus on se marre ! On avait une synergie encore meilleure à 7 qu’à 6.

Crédits photo: Chester Civelli

Début 2016, vous êtes au complet. Comment se sont passées ces dernières années d’activité ?

Marty : Après mon temps d’armée, ça a été le tour de Yoann, puis de Gaëtan d’être absents, ce qui a créé quelques coupures.

Marvin : Notre premier EP, Follow the Raven, est devenu une démo à nos yeux, et sans vrai son enregistré, c’était pas forcément facile de trouver des dates de concert. On devait être sur un régime de 10 par an, alors qu’on en aurait volontiers fait 200 La sortie de Echoes of the Past va certainement nous booster côté booking.

Marty : J’ai personnellement dû apprendre les morceaux très vite à la guitare pour assurer des concerts importants, comme la première partie des Allemands de Black Messiah ou des célèbres Suisses de Eluveitie. On a tous fait beaucoup de progrès. Et vite.

Watson : De mon côté, j’ai actuellement 8 groupes de musique différents en parallèle. J’aimerais pouvoir vivre de ça, et Malo partage ce rêve. On bosse d’ailleurs ensemble sur du black metal atmosphérique… Mais Kaatarakt est pour moi un des projets les plus complets au niveau des compositions et du potentiel. J’y ai aussi une certaine attache émotionnelle.

Et si vous deviez décrire Kaatarakt aujourd’hui ?

Marvin : Folk metal à inspiration pagan black atmosphérique.

Watson : Folk black death assez épique.

Marty : Épique, atmosphérique, très recherché, avec des ambiances différentes dans chaque chanson. Ce qui rend difficile à catégoriser… Malo nous envoie les compos, et si on aime on garde.

Watson : Et comme il a beaucoup d’influences différentes (Ensiferum, Equilibrium, Septicflesh, Fleshgod Apocalypse, etc.), on arrive sur quelque chose de très varié. Mais objectivement, on pourrait dire du pagan à influence black atmosphérique. Et viking pour le thème des paroles.

L’EP, Echoes of the Past

Crédits photo: Chester Civelli

Parlons de l’EP du coup… Echoes of the Past est votre second CD, après Follow the Raven.

Watson : Oui, en septembre 2016 on avait sorti notre premier EP. On l’avait enregistré dans le local des Murs du Son, ici à Carouge, où on répète aussi. C’était un peu à l’arrache. La batterie était désaccordée…

Marvin : C’était notre première expérience, notre premier enregistrement. Il était à ce moment représentatif du groupe et acceptable, même si aujourd’hui il ne l’est plus du tout. On le considère comme une démo plutôt.

Marty : Disons que le rendu valait le prix payé. Et son vernissage, le merchandising lié et les cachets des concerts qu’on a pu faire ensuite nous ont ramené assez d’argent pour pouvoir envisager ce second disque.

Comment s’est passé l’enregistrement ?

Watson : On a commencé le 28 février de l’année passée. On était au Conatus Studio, dans un cadre magnifique sur les hauts de Montreux. C’est notamment là que les bien connus Genevois de Promethee ont enregistré leur premier EP aussi. Rien à voir avec notre précédente expérience. Vladimir Cochet, qui s’est occupé de nous là-bas était incroyable à 100 %: agréable, efficace et doté d’une technique irréprochable.

Marty : On a ensuite fait toutes les guitares, puis la basse début mars. Malo n’a pas eu besoin de réenregistrer le clavier, puisqu’il avait déjà fait les samples pour nous présenter les compos. Mais on a eu quelques tensions à cause du retard de l’enregistrement du chant.

Marvin : C’est vrai. Je n’ai enregistré qu’en juin, ce qui a tout fait traîner. C’était pour moi une phase délicate de ma vie, et j’ai eu un gros soutien de la part du groupe. Et ils m’ont un peu poussé pour que je me remette sur les rails et qu’on termine cet enregistrement.

Watson : Et face au rendu final, on pensait pas que c’était nous… C’était vraiment pro.

Marty : Quand le son est sorti, je me suis pris une grosse claque. Et je le dis encore aujourd’hui : “ Merci Marvin ! ”. J’ai senti une énorme progression de la voix, et je n’ai absolument pas regretté d’avoir attendu.

Marvin : Concrètement, j’avais beaucoup d’idées de textes, mais on peut dire que j’ai tout écrit durant les 24 heures qui précédaient l’enregistrement.

Vous avez parlé de thématiques propres aux Vikings, et vous avez mentionné Yggdrasil avant… De quoi parlent vos chansons du coup ?

Marvin : Je suis écrivain d’heroic-fantasy et j’ai une certaine fascination pour les mythologies nordiques. Notre univers thématique est basé sur les Eddas, mais aussi créé de toutes pièces. Je me suis inspiré de ce qui est dit au sujet du Ragnarok, cette “ fin du monde ” où le froid et la mort l’emportent sur la majorité des hommes, des géants et même des divinités. Je me suis projeté dans ce qui suivrait cet évènement. En bref, on est dans un univers post-apocalyptique viking. Ça change des trucs de guerriers épiques faits et refaits sur la scène du metal, dont on voulait se détacher aussi.

Marty : Sur notre premier EP, Waiting for the Ragnarok a été un morceau charnière, surtout côté technique. Il a donné au groupe sa nouvelle direction. Dommage qu’il soit dégueulasse niveau son…

Quand on voit vos visuels, on vous imagine bien dans ce monde post-apocalyptique nordique… Cette image est importante pour vous ?

Marvin : Je développe actuellement le RP (roleplay) ; je me crée un personnage de scène, qui puisse être porteur des textes. Une sorte de costume à endosser pour entrer dans cet univers.

Marty : Marvin, c’est le front man, et il prend un personnage de leader, c’est plutôt cohérent. Je n’ai aucune crainte d’être effacé par lui.

Watson : Je trouverais même ça top d’avoir un personnage aussi, une sorte d’apôtre qui suive celui de Marvin… Ça m’intégrerait peut-être un peu plus à l’unité visuelle du groupe aussi… On m’a souvent fait la remarque que je débarque sur scène en short bleu flash derrière 6 guerriers affirmés… Ça fait contraste…

Le vernissage

Crédits photo: Kaatarakt

En parlant live, à quoi peut-on s’attendre pour votre vernissage ?

Marvin : Il est évident qu’on va jouer tout le nouvel EP, ainsi que presque tout l’ancien aussi, à l’exception de Bloodwings. C’est des vieilles compos agréables à jouer.

Marty : On part sur le concept d’une mise en évidence de l’évolution du groupe. Une sorte de face à face avant/après. L’idée est que le public puisse saisir le chemin flagrant parcouru entre les deux enregistrements, autant au niveau des compositions, de la technique des musiciens et des thématiques abordées dans les morceaux.

Watson : On a parlé de costumes et d’identité visuelle, mais il ne faut pas s’attendre à un énorme show de lumières, de flammes ou tout ce qu’on peut voir chez les groupes qui peuvent se le permettre… On n’est absolument pas prêts à transporter du matériel supplémentaire pour une plus-value visuelle de ce type. Et surtout, si on se lance là-dedans, on devra l’assumer concert après concert pour satisfaire les attentes du public… Imagine un show de Rammstein sans la moindre petite flamme…

Donc on assistera à une rétrospective de Kaatarakt avec ce concert ?

Marty : Exactement. Il n’y aura que nous d’ailleurs. On a délibérément choisi de ne pas jouer avec d’autres groupes pour différentes raisons. D’abord, on aime le contexte intimiste qui naît de ces conditions. Ensuite, on a tout le loisir de jouer le temps qu’il nous plaît sans devoir stresser pour laisser la place à un autre groupe. Enfin, ça nous permet de savoir à quel point on peut ramener du monde. Ça nous donnera de cette façon une possibilité d’évaluer aussi correctement quelle cachet on peut légitimement demander pour venir jouer.

Watson : On souhaite soutenir les personnes et associations qui organisent des concerts, et parfois on accepte de ne pas être payé du tout si l’accueil est cool.

Marty : On ne veut surtout pas refuser de concerts (sauf si la scène est trop petite pour nous 7, évidemment). Et on aimerait que le milieu alternatif se développe à Genève.

Marvin : Le vernissage sera notre moment à nous, et comme le précédent, il aura lieu à l’Espace Grosselin. On avait eu 127 personnes la dernière fois, on espère avoir plus cette fois. On a aussi un partenariat avec le bar La Citadelle, qui nous accueillera pour une after avec écoute de l’EP. On se réjouit de passer ce moment avec notre public.

Un petit mot de la fin ?

Marvin : “ Issou ”. On n’en dira pas plus. Enfin… C’est une référence interne qui transmet à nos potes que même si on recherchait plus de sérieux avec Kaatarakt que ce qu’on faisait avec The Useless 4, on sait que quand on ne joue pas loin, ou pas en première partie d’artistes particulièrement reconnus, on peut toujours se permettre quelques âneries… À samedi soir !

Crédits photo: Kaatarakt

Liens et informations pratiques

Quand ?: Samedi 12 mai, 19h30.

Où ?: Espace Grosselin, rue Jacques-Grosselin 31, 1227 Carouge

Entrée ?: 10 CHF avec l’EP (7 CHF sans).

L’évènement Facebook

Le vernissage sera suivi d’une after à La Citadelle, rue des Sources 20, 1205 Genève.

Écoute du premier EP Follow the Raven, sur Bandcamp.

Page Facebook du groupe

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