Noty Aroz, Apôtres de la Mythologeny

Noty et Aroz Crédits: Inconnu

Depuis quelques décennies, à travers le monde, certains peuples commencent à vénérer des icônes issues du mélange entre nos fictions populaires et certaines croyances traditionnelles.

Noty Aroz, duo d’artistes parisiens, vernissent leur exposition ce jeudi 2 mai 2019. Décorés d’imposants masques hauts en couleurs, les murs du collectif Supernoir n’auront pas forcément d’oreilles, mais il auront assurément des yeux.

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Genèse – Naissance de Noty et Aroz

Dès leurs 12 ans et au détour d’un mur à graffer, les deux artistes ont rencontré le personnage étonnant qui les a façonnés tels qu’ils sont aujourd’hui. Cet ancien aventurier et anthropologue, nommé simplement « Le Professeur », a trouvé en eux le talent créatif nécessaire à propager ses idées au-delà de son fauteuil roulant: les messages fondamentaux de son livre « Le Syncrétisme Fictif – Essai Socio-Théologique » ont commencé à vivre en images, en symboles, en icônes, grâce au talent des ses deux padawans.

Le Professeur les a lui-même baptisés « Noty » et « Aroz ». On retrouvera ces lettres dans leurs œuvres, et les triangles figurant le « Y » de Noty et le « A » de Aroz deviendront leur symboles personnels.

Les Fondements de l’Art à venir

Dans son ouvrage sur la théorie du syncrétisme fictif, Le Professeur fait le constat que nous faisons aujourd’hui face à une véritable crise spirituelle, la Science ayant largement pris le pas sur les mythes, croyances et autres fois plus intenses. Les réponses données par le discours scientifique l’emportent souvent sur les « légendes », contes ou textes religieux. En quoi est-ce problématique? Les mythes fondateurs disparaissent, ceux-là même qui nous servaient à comprendre le monde, nous comprendre nous-mêmes et vivre en société. Sa conviction est que les problématiques actuelles ne bénéficient pas de ces mythes fondateurs comme repères; quand il est question d’écologie, de capitalisme, de transhumanisme, de genre, d’intelligences artificielles ou encore de terrorisme, on ne sait pas sur quoi se reposer pour guider nos pas…

Le Professeur est convaincu que de nouvelles mythologies naissent désormais, mêlant les croyances d’anciens peuples aux personnages fictifs que la culture populaire hisse aujourd’hui au rang des prophètes d’antan: il parle alors de mythologeny. Le terme naît de la contraction des termes « mythologie » et « génération Y ». Il s’agit d’un ensemble de néo-divinités issues de croyances syncrétiques de nos jours et de temps plus anciens.

« Mythologeny », ici écrit en alphabet syncrétique, création de nos deux artistes

Propager la parole au-delà de l’écrit

Le Professeur pouvait certes encrer le papier dans un ouvrage légendaire; mais la génération actuelle, elle, est ancrée dans l’image. Aussi, les néo-divinités ont pris vie sur le plan visuel au travers du travail de Noty et Aroz. Dans une optique futurologue, ils ont suivi une méthodologie bien précise pour identifier à quoi ces nouvelles entités pourraient ressembler et leur ont donné vie au travers de pièces lourdes de sens et solidement construites.

Pour eux, dans une société qui devient plus individualiste, le besoin de s’identifier à des « héros » inspirants repose beaucoup sur le concept du masque: derrière le vernis peut se cacher n’importe qui. Même moi. Le projet artistique de Noty et Aroz part donc de héros masqués de la culture populaire.

Ces personnages peuvent être répartis en 5 catégories: DC Comics, Marvel, Science-Fiction, Horreur, Indépendant.e.s, selon leur origine. La divulgation d’une néo-divinité est nommée « épisode », et lorsque les 5 catégories ont été satisfaites, on parle d’une « saison ». À l’heure actuelle, 12 néo-divinités ont déjà été révélées; la saison 3 est en cours…

La recette que les deux artistes suivent pour identifier ces personnages hybrides est très précise et constante d’une œuvre à l’autre.

  1. Choisir un personnage issu d’une des 5 catégories, l’analyser et identifier ses thématiques, ses problèmes, son fonctionnement pour le concevoir sous la forme d’un archétype.
  2. Trouver une ancienne culture qui peut correspondre à ce qui a été identifié à travers le personnage en question.
  3. Mener une analyse comparative entre les deux éléments (personnage et culture).
  4. Si la correspondance existe, enquêter sur les faits pouvant illustrer que le personnage fictif a effectivement fait irruption dans ladite culture.
  5. Créer un visuel pouvant donner corps à la version mythologénique de la néo-divinité.
  6. Illustrer, symboliser, répéter les représentations de cette entité nouvelle dans une démarche iconodule pour la rendre réelle dans la collectivité.

C’est en cette sixième étape en particulier que Noty Aroz deviennent de véritables « apôtres »: ils propagent la bonne nouvelle de l’existence de déités aux traits graphiques tracés de leurs mains et répandent ces images dans les lieux que leurs pieds foulent.

Un prêche de Street-Art

Supernoir devient Sanctuaire

L’exposition qui sera vernie ce jeudi 2 mai 2019 rassemble toute les néo-divinités révélées jusque-là: 12 entités porteuses de valeurs et de symboles très différents, réalisées sur des supports toujours inédits, et qui préservent un sens global fort qui pousse à la réflexion.

Le pèlerinage ne laisse pas indifférent… Les adorateurs de la technique savent y trouver leur compte, car chaque pièce est totalement faite à la main selon des procédés variés. La composition préalable surfe sur les significations profondes de logos, de couleurs, d’agencements et guide les contemplateur.rice.s vers le questionnement du monde, de soi, de la vie en société, à la manière des mythes fondateurs. La réalisation, quant à elle, montre de la sérigraphie, du collage, de la découpe, de la peinture, etc. Les « cadres », squelettes de ces œuvres grimées, sont de véritables grimoires faits de bois mêlé de cuir, de papyrus, de linogravure ou de feuille d’or, selon ce que le symbole doit transmettre à son public.

Et pour donner vie à toute la dimension spirituelle et énigmatique qui englobe la mythologeny, de nombreuses pièces recèlent des secrets décelables uniquement par les lampes UV à disposition sur place. Les déités inédites flamboient dans la nuit pour se révéler aux yeux humains.

Dans la continuité de leur travail d’artistes, Noty Aroz porteront le masque durant le vernissage, à l’instar de Celles et Ceux dont ils se revendiquent être les prophètes…

Informations pratiques

Date: jeudi 2 mai 2019 dès 17h30 (vernissage) puis les après-midi durant le mois de mai.

Lieu: Supernoir, 37 rue Liotard, 1202 Genève.

Site de Noty Aroz

Guide audio de l’exposition

Évènement Facebook

Site de Supernoir

On avait écrit sur Supernoir par le passé pour leur première expo… L’article est ici!

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