Ouverture du festival Everybody’s Perfect: la rétrospective

Bousculer les mœurs et les normes qu’on nous inculque dès le plus jeune âge, c’est le désir du Queer Kabaret qui réalisait une performance le vendredi 11 octobre à l’occasion de la cérémonie d’ouverture du festival de films LGBTIQ: Everybody’s Perfect. Isabelle Chladek, metteuse en scène, nous partage sa réflexion sur le théâtre et nous parle de son investissement sur les performances queer.

« Être queer ne relève pas du droit à la vie privée, mais d’être libre en public, d’être juste qui nous sommes. Il s’agit de lutter chaque jour contre l’oppression, l’homophobie, le racisme, la misogynie, le sectarisme des hypocrites religieux et notre propre haine de nous-même ! » Mégaphone à la main, Isabelle Chladek, metteuse en scène, donne le ton de la performance. Tiré du manifeste de la « Queer Nation » de 1990, la voix de l’artiste résonnait au cœur du Grütli.

« Moi, j’aime l’amour qui fait mal »

Les drags offrent la possibilité de casser les codes et les expressions de genre. Cinq performances exubérantes vont s’enchainer, mêlant danse et chant, alliant humour et revendications. Les performances débutent dès que Miss Fox susurre les premiers mots de sa chanson. Frida Nipples des GeneVegas poursuit en remettant en question les normes sexuelles avec Fais-moi mal Johnny de Boris Vian. Pour d’autres, comme Evaylin, performer venant de Zurich, on assiste à un numéro enragé qui s’oppose aux caractéristiques souvent attribuées à la féminité. Le Queer Kabaret, c’est aussi des questionnements sur le mariage avec la reprise du morceau High by the Beach de Lana del Rey par Iceberg. Mais, avant tout, ces propositions scéniques sont le moyen de critiquer les comportements attendus par la société. Isabelle Chladek reprend la chanson Prohibition de Brigitte Fontaine pour s’attaquer au manque d’inclusion des minorités :

« Les malades sont prohibés
On les jette dans les fossés
A moins qu’ils n’apportent du blé
De la tune aux plus fortunés »

La performance questionne la société dans son ensemble et les minorités qui la composent. Isabelle et les performers reviennent sur la place de chacun et s’alignent sur la volonté du festival : « encourager le lien social, les rencontres, la créativité et la progression de la pensée. »

Un intérêt marqué pour les thématiques queer

Ayant découvert la scène pendant ses études en lettres et histoire de l’Art à l’Université de Genève, Isabelle a toujours accordé, avant même de produire ses propres représentions, une importance au texte, à l’écriture et à la parole. Ce sont les jeunes élèves rencontrés lorsqu’elle enseignait aux Arts appliqués qui l’ont menée vers les thématiques identitaires que l’on retrouve au cœur de ses propositions artistiques. 

Son intérêt marqué pour les questionnements de genre, elle les retrouve aussi auprès de ses lectures du dramaturge et théoricien du théâtre Antonin Artaud ; le refus de se laisser définir est finalement la revendication première. Comme lui, Isabelle remet en cause, à travers ses performances, les catégories, ce qu’on en fait et les attributs qu’on leurs donne. D’ailleurs, elle avait décidé de clore la performance faite lors de la semaine de la Pride, à l’origine de la représentation au Grütli, en s’inspirant de l’un de ses poèmes : 

« Je suis, Antonin Artaud, et que je le dise, comme je sais le dire, immédiatement, vous verrez mon corps voler en éclats et se ramasser sous dix milles aspects notoires. Un corps neuf, que vous ne pourrez plus jamais oublier. Assez avec l’homme et la femme, le mâle ou la femme, les choses sont unes. Assez avec la dualité et assez avec l’existence et la vie, les choses n’ont pas commencé par le mâle ou la femelle, l’homme et la femme, elles n’ont pas commencé encore puisqu’elles durent et ainsi à perpétuité ».

Entre scènes alternatives et « institutionnelles »

Ses réflexions, elle décide de les porter sur des scènes alternatives. Isabelle nous explique qu’elle préfère amener ses « petits projets » vers ces dernières, plutôt que vers des espaces institutionnels. Les budgets ne sont pas les mêmes, la liberté offerte aux metteurs.ses en scènes est plus grande et les propositions élaborées répondent à la demande d’un public précis. C’est pourquoi elle a décidé de jongler constamment entre ces deux espaces en effectuant des recherches à deux vitesses ; d’une part, elle explore des projets performatifs de courte durée, et de l’autre, elle se concentre sur un processus de création plus long, proche du théâtre dit « institutionnel ». Ce qui lie les deux, c’est l’importance qu’elle accorde au texte. D’ailleurs, rares sont ceux qui étaient destinés initialement au théâtre. 

Et pour ceux qui aimeraient avoir un aperçu des performances qui avaient été réalisé à l’occasion de la semaine de la Pride:

Pour plus d’informations sur la compagnie à l’origine du Queer Kabaret: https://ciefolledeparole.com

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