Rencontre avec Fabian Menor pour une bd entre enfance et adolescence

Il y a quelques mois, Fabian Menor recevait le Prix Caran d’Ache/ESBDI pour sa bande dessinée La lanterne rouge. Depuis c’est le Prix de Töpffer de la jeune bande dessinée qui l’a retenu parmi ces nominés.es, l’occasion de rencontrer le jeune bédéiste genevois.

En juin 2019, Fabian Menor signait sa première bande dessinée, dans le cadre de sa formation à l’ESBDI (l’École Supérieure de Bande Dessinée et d’Illustration). La lanterne rouge est l’histoire d’une enfance dans les années d’après-guerre, celle d’Elise. Dans un trait de noir et de blanc, de gris aussi apporté par la technique du lavis, l’auteur explore ce lien fragile de confiance entre l’enfant et l’adulte. Comment parle-t-on de soi, de ce que l’on voit ou subit alors que l’on sort de l’enfance ? Comment est-on écouté et cru ?

Un chemin vers la bande dessinée 

Du premier jour où sa mère lui a donné un feutre et du papier à aujourd’hui, en passant par ses études, Fabian Menor a toujours eu de quoi griffonner et esquisser. Sans être grand lecteur de bande dessinée, cette dernière est entrée dans sa vie par différents modèles, dont celui de Zep.

« J’étais petit et je suis arrivé à l’école primaire de Carouge, l’école de Zep, celle dans Titeuf, ça m’a fasciné. J’étais fasciné par lui, sa figure, son travail. Il tenait à l’époque un site internet avec un livre d’or sur lequel nous correspondions. Lors d’une dédicace à BDFIL, nous nous sommes physiquement rencontrés et quelque chose est né, un lien entre nous. Après cette rencontre, il m’a invité plusieurs fois chez lui pour des stages et des après-midis dessins. J’ai eu la chance de recevoir ses retours et encouragements. Depuis il est comme un mentor pour moi, venant à des moments clefs de mon parcours. »

Je crois que j’ai toujours voulu prouver à Zep qu’il avait bien fait de prendre du temps pour ce gamin qui voulait dessiner.

Fabian Menor a très rapidement fait le choix du dessin dans sa vie. Grâce au coup de main de Zep, il a dessiné un an pour Le Lancéen (journal de Lancy), créant ainsi un personnage récurrent Pancho – il avait alors 14 ans. L’envie d’apprendre le dessin, de passer ses journées à travailler son trait de manière concrète, l’a poussé à se lancer. Il s’est d’abord inscrit au CFPArts en graphisme, puis à l’ESBDI qui ouvrait ses portes au moment où se terminait son apprentissage.

 J’ai eu de la chance sur ce parcours. Mais la chance se provoque. Pour faire, je crois qu’il faut oser bousculer, rencontrer.

La lanterne rouge

Dans le cadre de son travail de fin d’études, Fabian Menor a conçu une bande dessinée. Pour son premier album, le jeune bédéiste a décidé de ne pas se lancer dans la création d’un univers, par prudence et conscience de ses limites. C’est ainsi qu’il s’est tourné vers sa grand-mère.

Fabian Menor et sa grand-mère ayant inspiré le personnage d’Élise, dans La lanterne rouge

« J’avais besoin de concret et de témoignages pour débuter. Étant proche de ma grand-mère et fasciné par sa mémoire très précise, je lui ai demandé de me raconter sa vie. Je dois avoir deux heures et demie d’entretien sur mon téléphone, allant de sa naissance à ses 15 ans. Les grands-parents sont un peu comme ces vieux livres, témoins d’une époque et d’une culture différente. Il a fallu choisir quoi raconter et comment, différencier ce qui me touchait parce qu’elle était ma grand-mère, de ce qui était matière à l’histoire et dessin. Pour que les lecteurs.trices puissent trouver leur place dans cet album, il m’a fallu prendre de la distance. Dans tous les cas, il faut prendre de la distance quand on parle de l’intime. Je me suis donc concentré sur ses 10-12 ans. Il y a dans la préadolescence quelque chose qui me trouble beaucoup. On comprend la vie, ce qui nous entoure, les liens entre les adultes, les enjeux des relations, mais on est sans cesse rabaissé et ramené à notre âge. »

Je voulais toucher à ces moments où l’on a besoin de dire, de parler, pour rapporter des faits, des idées, mais que personne ne nous écoute parce que notre parole n’a pas encore la valeur de celle d’un adulte. 

Le temps de création pour cet album a été assez court, quatre mois. C’est ce qui a motivé Fabian Menor à utiliser le noir et blanc, ainsi que la technique du lavis. « Le noir et blanc fonctionne très vite, contrairement à la couleur qui demande des recherches de teintes plus précises. Et puis le noir et blanc faisait le lien avec l’époque, rappelait le côté historique de la narration. » Le dessinateur a aussi tenu à travailler dans des techniques classiques, demandant un investissement physique dans le dessin et sur le papier.

« Ce qui fait la beauté du dessin, c’est ces accidents, l’artisanat que l’on sent dans le trait. Avec ce premier album, je voulais quelque chose de spontané et d’expressif, à la limite du jeter sur le papier. J’ai pris beaucoup de plaisir à dessiner les cauchemars d’Élise, à sortir la plume pour des hachures et ainsi créer la texture de la nuit. Je me suis amusé aussi à l’étape du crayonnage, quand les choix se prennent pour donner corps aux personnages, aux animaux surtout, leur donner cette vie qu’ils ont déjà leur ajoutant la parole. Les cadrages m’ont donné plus de fils à tordre. Comment représenter la classe entière sans que tous les enfants aient la même importance ? Comment marquer la différence de taille et de pouvoir entre la pionne et Élise ? Ça se joue dans des détails et dans des flous. »

Des projets à venir

Son diplôme de l’ESDBI en poche, Fabian Menor est en plein retravail, puisque ce premier album est en chemin de publication aux éditions Joie de lire. « Il y a des planches à corriger. La maison d’édition m’a demandé si j’étais prêt à redessiner certains passages, j’ai dit oui. L’album a déjà un an, si je devais le refaire aujourd’hui, je le ferais complètement différemment. »

 « En parallèle de ce travail, je me penche sur l’écriture d’un conte jeunesse. La confiance des éditions Joie de lire et leur enthousiasme me portent dans ce projet. Puis je n’ai pas envie de m’enfermer quelque part, la jeunesse a cette liberté d’écriture et de dessin qui me plaît, cette liberté de réflexion aussi. Tout est possible en jeunesse. Après il y a l’animation. Le dessin animé me tente beaucoup et sera très sûrement une prochaine étape sur mon parcours. »

Fabian Menor est à retrouver sur les réseaux sociaux avant la parution prochaine de ce premier album. C’est sur Instagram que l’artiste est le plus présent, mêlant illustration et bande dessinée, et là qu’il informera des avancées de sa publication prévue courant septembre : @iamenor

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