Sédition, un album noise, par le Meysson-Loubatière duo

Aujourd’hui, dimanche 11 juin, le duo noise Meysson-Loubatière vernit son premier album, Sédition, dans le cadre du festival Baz’art. Et ça vaut le détour !

Rencontre

Cyril Meysson (guitare) et Rodolphe Loubatière (batterie) se sont rencontrés précisément pendant une édition de Baz’art, rassemblés par un projet à treize batteries. A ce moment-là, Rodolphe cherchait un guitariste pour monter « un duo vraiment très expressif, très libre et très fou ». Le milieu expérimental genevois lui semblant trop minimaliste, il propose à Cyril, de 20 ans son cadet, de tenter l’expérience. Complémentaires sur le plan de leur connaissances musicales, ils ont senti « qu’il y avait un truc qui se passait » dès les premières notes jouées ensemble. En novembre 2015, c’est donc la première répétition ; le duo est né.

Travail et écoute

© Sand pour Social Workers

Comme l’un des membres habite à Genève et l’autre à Lyon, le duo ne se voit pas souvent, mais travaille d’autant plus efficacement : « Ce qu’on fait surtout maintenant, raconte Cyril, c’est de bosser de petits éléments assez longtemps. C’est-à-dire qu’à chaque fois que ce truc là, cette situation peut se présenter, sans contrainte ni rien, il faut qu’on soit préparé, qu’on connaisse comment l’autre va réagir, quels appels ou signaux il va faire, pour qu’après, en live, même si on décide de ne pas suivre ce qu’on avait prévu, on puisse se rattraper sur plein de choses. » Rodolphe ajoute : « Après, on a à essorer l’idée, à la triturer dans tous les sens. » Pour ce faire, la communication est leur outil principal. Parmi les 5 ou 6 groupes du guitariste, c’est celui dans lequel il « parle le plus de ce qu’on a joué, c’est vraiment celui dans lequel il y a le plus de paroles et de retours sur ce qui a été fait. » Puisque toute leur musique est improvisée, l’entente et la complicité sont donc primordiales ; pour le batteur, « c’est comme quand tu fais connaissance avec quelqu’un : avant de pouvoir sortir, de faire et de dire n’importe quoi, il faut que tu le connaisses. Ici, c’est un peu la même chose. Il faut vraiment qu’on se connaisse bien, pour pouvoir partir ensuite tous les deux où on en a envie, comme on en a envie, sans filet. »

Live

Cette entente se voit et se sent en live. Rodolphe Loubatière, sec et vif, s’agite derrière ses futs, pendant que Cyril Meysson, caché derrière ses cheveux, danse du bout des orteils sur ses pédales. L’énergie est là, et les échanges de sourires et de regards amusés aussi. D’ailleurs, le noise, et plus précisément leur noise, ils le décrivent ainsi :

Rodolphe : Même si c’est très fort ou très violent, c’est comme si c’était dit très calmement en expliquant, pour que ce soit agréable.

Cyril : Ça va vite, mais c’est pas crispé.

Rodolphe : C’est pas crié, c’est pas gueulé, c’est pas énervé. C’est proposé. Tout le truc est là. Mais avec beaucoup d’intensité.

C’est donc du 200 à l’heure, mais joyeux, une espèce d’avalanche de propositions musicales enchaînées avec beaucoup d’entrain.

Enregistrement

Concernant la pièce qui sort aujourd’hui en vinyle, elle « était sous forme graphique ; c’était écrit, mais pas avec des signes très directifs », explique Cyril. Le disque a été enregistré en août passé, à Lyon. Pendant deux jours, le duo enregistre d’une traite des improvisations de 40 ou de 20 minutes, suivant s’il réfléchit en terme de vinyle ou de faces. Cyril n’avait encore jamais fait de prise aussi longues en studio et constate : « Physiquement, pour Rodolphe, c’était plutôt dur, et puis pour la concentration, c’est particulier. On avait l’impression de refaire mille fois des plans, alors que c’est censé être une bonne part d’impro. Et en fait, on l’avait joué pendant trois minutes, mais on l’avait aussi joué pendant une journée ! » Rodolphe, lui, retient « plus ce qui s’est passé entre nous, parce que ça nous a beaucoup fait avancer, d’avoir cette pression d’enregistrement, de produire quelque chose, de jouer comme ça, de faire bien les choses, enfin voilà… ça nous a fait énormément avancer dans notre musique. »

Vinyle

Le support de la pièce, le disque vinyle, s’est imposé comme une évidence au batteur, fervent défenseur de l’objet : « C’est mon kiffe : je suis collectionneur, ma platine vinyle a été le cadeau de mes quarante ans… donc je suis à fond là-dedans, j’adore ça, j’ai toujours défendu le vinyle. Le son est meilleur, la pochette est plus jolie, l’objet est plus joli, le fait de mettre un vinyle (mais ça c’est complètement personnel) fait que je l’écoute et pas je le mets et je vais faire autre chose, parce que je sais qu’il va s’arrêter et qu’il va tourner après tout seul, donc je vais l’arrêter. Tout ce qui me ramène au vinyle, je l’adore. » Le guitariste, lui, aurait été tout aussi content « de sortit la pièce sur disquette », et « l’idée du vinyle lui a plus parlé en tant que contrainte d’enregistrement », de cadre. Il faut préciser que la pièce Sédition a donc été enregistrée d’une seule traite, est totalement improvisée et n’a subit qu’une coupe minime, pour que la face A se termine de façon cohérente.

 

Concernant la pochette, on y voit le plan doublé d’un brûleur de montgolfière ; logique quand on pense à l’ardeur du duo Meysson-Loubatière, qui ne saurait que monter !

 

Sédition est en libre écoute sur le site Newnoise.

Le vernissage a lieu dimanche 11 juin 2017, à 17h, à la rue Lissignol.

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