Autonomie : genèse d’un décalage

© Charlotte Schaer

Zabriskie Point est cet îlot d’art au milieu de Plainpalais, à l’arrêt du tram 12. Cette arcade faisant partie intégrante de l’architecture de cet endroit de passage, on oublie parfois que c’est un lieu d’exposition… En ce moment, on y voit des colonnes d’horloges désynchronisées ; c’est Autonomie, de Charlotte Schaer, une jeune artiste genevoise fraichement diplômée de la Head.

Cette exposition est la deuxième programmée par la toute nouvelle équipe curatoriale de Zabriskie Point, constituée maintenant de Mathias Pfund, Constance Brosse et Etienne Chausson. En octobre, ils demandent à Charlotte Schaer si le lieu l’intéresse. La réponse ne tarde pas, elle y voit une occasion parfaite :

 J’ai présenté à Zabrinskie Point un projet que j’avais déjà enclenché il y a deux ans et que je n’avais encore jamais montré. Je pense que je ne le trouvais pas encore assez mûr. J’ai mis en marche soixante horloges, en même temps.

L’idée lui vient en emménageant dans son premier appartement. Dans sa cuisine, elle accroche deux horloges face à face, et se rend vite compte qu’il faut les remonter tous les deux mois pour qu’elles indiquent la même heure. Il n’en faut pas plus pour qu’elle aille en acheter soixante, afin d’observer jusqu’où le décalage peut aller. Autonome, Charlotte Schaer enclenche une horloge toutes les minutes pendant une heure, et ainsi, le 4 avril 2016, à midi, les soixante horloges synchrones peuvent commencer à se décaler.

Le vernissage de l’exposition a eu lieu le 6 avril 2018. Ça tombait parfaitement, aussi en ce qui concerne le décalage horaire : l’heure est calquée sur l’heure actuelle.

Mais avant d’emménager à Zabriskie Point, les horloges sont disposées sur un panneaux en bois dans son atelier. Elle en retire les aiguilles des secondes pour pouvoir continuer à travailler et se met à tenir le journal de bord photographique de la désynchronisation.

© Charlotte Schaer

A l’occasion du vernissage, elle reproduit trente-deux moments de décalage sur du papier millimétré, qu’elle agrandit et affiche non loin des vitrines. Autonomes et recouverts depuis par l’affichage public, ces dessins représentent plus que l’histoire des horloges :

Le dessin a pour moi une dimension musicale, ce sont comme des partitions qu’on peut lire. On peut aussi voir  les traits un peu tremblants ; à travers ça, on voit un processus, un rythme, une durée, un moment.

Le dessin est évidemment en deux dimensions, à l’inverse de l’installation des horloges. L’agencement est clair et pratique : disposées verticalement, les horloges rejouent tout autant les barres de métro que ces grand poteaux surmontés de quatre horloges. Encore mieux : le mécanisme des horloges de l’arrêt de bus passent à l’intérieur de Zabriskie Point ; tout s’imbrique.

Dans cet espace-là, je voulais quelque chose d’assez ludique et direct, pas conceptuel, parce que c’est un lieu de passage. Il y a vraiment le moment d’exposition et tout le reste.

Pour aider le spectateur, Charlotte Schaer invite Celia Zuber, doctorante en Histoire de l’Art, à écrire un texte qui explicite sa démarche. Collé à une des vitrines, c’est une clé de lecture encore différente, qui déplie le temps des horloges et l’inscrit dans le Temps.

Puisque ce dernier ne s’arrête pas, Charlotte Schaer non plus. Elle prépare en ce moment une exposition basée sur le classement des livres en bibliothèque, qui aura lieu en octobre prochain à Halle Nord. Dans un an, elle sera au Palais de l’Athénée. Autonomie quand à elle est encore exposée jusqu’au 27 mai.

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