ECAR, pour commencer l’année en dansant

ECAR, par lui-même

Il vient d’arriver à Genève, ses sacs l’entourent alors qu’il m’attend en buvant un chocolat chaud non loin de la gare. Lui, c’est ECAR, Elias Carella dans la vie courante, DJ et producteur genevois. Il mixe au Motel Campo le 31 décembre, ou plutôt, le 1er janvier, de 7h à 9h, avec d’autres artistes 100% locaux, pour l’An Nouvel. Alors, pour se mettre en jambes, EPIC lui a posé quelques questions, et on a parlé de musique, d’énergie, de rave et d’entre-deux.

C’est quoi comme endroit pour toi, le Motel ?

Avec le Motel, j’ai vraiment l’impression d’avoir été là au moment où ça s’est fait. C’est un endroit caméléon: il y a eu une petite salle, qui a disparût, les toilettes ont changés de place… Le club mutait, et c’est assez spécial, unique à Genève. J’ai commencé à sortir au Zoo, à la Gravière, mais j’ai compris quelque chose d’autre en allant au Motel, j’y ai vraiment vécu des moments exceptionnels. Evidemment, chaque club est unique, mais il y a quelque chose dans cet endroit que j’aime beaucoup. Ce sont aussi des amis ; j’ai donc également l’impression de faire partie de la famille un peu élargie.

Comment tu vas préparer ce live ?

C’est assez compliqué parce que je n’ai jamais joué si tard. Nouvel An au Motel, pour Genève, c’est un événement spécial, défini. Je le prépare un peu comme tous mes shows, mais je sais assez peu à quoi m’attendre au niveau du public, à ces heures-là, donc c’est comme si je préparais deux ou trois sets en parallèle. Je raisonne en terme d’énergies. Tout va évidemment dépendre de ce que vont jouer les gens avant moi. En l’occurrence, ce sera MLK, qui lui joue juste après Nemo & Castro, deux très bons DJs.

Comment est-ce que tu définirais ton style, en tant que DJ ?

C’est assez changeant. En ce moment, je mets énormément de new beat, de choses percussives, de manière générale. Je joue pas mal de morceaux qui viennent de la new wave, de l’Angleterre de la fin des années 80. Je viens quelque part de la house, donc ça s’entend toujours, mais j’ai beaucoup évolué musicalement. Je me laisse assez facilement nourrir par des courants musicaux auxquels je ne m’intéressais pas à la base. Je ne crois pas avoir un genre très défini, mais il y a une sorte de fil rouge qui traverse ce que je joue.

Tu fais partie du collectif Metal Dance depuis 2018, qu’est-ce que ça t’apporte ?

Le groupe, c’est une force, de manière générale. On a tous des goûts assez différents, et c’est ça qui fait notre particularité je crois. On nous dit souvent qu’on est new beat, italo et house, ce qui est absolument vrai, mais pas que… On aime explorer le fond des choses.

Travailler ensemble – parce que c’est quand même du travail, un collectif –, ça ouvre totalement les horizons. J’ai rejoins Metal Dance juste après sa constitution et en très peu de temps, on a réussi à construire un truc sur Genève. Sur un plan personnel, on s’est amélioré, notamment parce que sortir de sa zone de confort et jouer avec des gens qui n’ont pas forcément les mêmes sensibilités et goûts musicaux que toi, ça t’oblige à trouver des entres-deux. C’est super intéressant.

C’est important, cette notion d’entre-deux ?

Oui. C’est important de montrer que les choses ne sont pas forcément claires, que la disco peut être très puissante, qu’on peut jouer certains morceaux entre deux tracks d’acid et que ça passe. C’est un travail, ça se négocie, mais c’est complètement possible et ça permet de créer des trucs en clubs. C’est important de le faire, de ne pas entrer complètement dans une certaine homogénéisation.

Qu’est-ce qui te plaît dans le live ?

Avant d’être DJ, je suis beaucoup sorti, et le monde de la nuit me définit en partie. Il y avait une volonté d’y participer, de manière active. Et c’est quand même un monde assez fou ! D’un seul coup, faire partie de la mécanique, c’est génial pour moi, à mon niveau. C’est quand même un sacré rush, aussi. Sur une soirée qui marche bien, où je fais du bon boulot disons, auquel le public réagit, c’est assez indescriptible. Tout ce qui est art de la scène – que ce soit du théâtre, de la musique… – c’est une sensation de communiquer quelque chose et d’avoir un certain nombre de personnes qui réagissent à ça. Dans les clubs, il y a une énergie assez unique, et faire partie des éléments qui déclenchent ça, c’est assez exceptionnel.

Que dire de la scène genevoise ? Elle a une identité forte ?

Je la connais très bien, donc je vais te dire oui. Face au passé calviniste, qui se fait sentir dans certaines législations, dans la façon d’aborder les thématiques liées au « monde nocturne » de manière générale, Genève a une grande histoire avec la musique électronique. Il y a un reste très présent de la scène squat – qui n’a pas complètement disparu, heureusement. Je vois les raves comme une continuité de ce mouvement; maintenant, on squatte un parc, un bout de forêt, brièvement. On n’est pas obligé de voir ça comme un acte politique, mais ça l’est. Ça parle d’un manque de lieu, d’une envie de faire les choses de façons différentes, hors des cadres. Ça, c’est un esprit très fort à Genève, et j’ai l’impression que ça vient des squats.

Est-ce que la rave et les questions politiques qu’elle véhicule se ressentent dans ta musique ?

Je ne sais pas. De façon générale, la musique qui s’est développée au sein des raves anglaises notamment, je suis forcément conscient que c’est une musique politique. Pas intrinsèquement, mais parce qu’elle est liée, fortement, à ce contexte. Moi, je ne revendique rien de politique à travers mes sets. Le simple fait de faire la fête, c’est déjà une sorte d’acte politique, ou semi-politique. Donc à partir de là, je ne suis pas sûr que le choix du style musical influence, d’une façon ou d’une autre, ce contexte premier.

A part l’An Nouvel au Motel, qu’est-ce que tu prépares en ce moment ?

J’ai deux shows radio, tous récents. J’ai fait les deux premiers épisodes, le premier fin novembre pour GDS FM, une web-radio basée à Zurich – ils m’ont proposé un show d’une heure tous les deux mois – et un autre pour Soho Radio, basée elle à Londres. Là, ce sera un show de deux heures par mois.

Côté production, qu’est-ce qu’il se passe ? Tu as sorti un EP il y a deux ans, tu en prévois un second ?

Oui. J’ai déménagé à Bâle, et ça m’a freiné de ce côté-là, mais depuis octobre, j’ai trouvé un studio, dans lequel je travaille sur de nouveaux projets. Ça sera très différent : comme je te l’ai dit, j’ai beaucoup évolué et je ne pense pas être le même producteur qu’il y a deux ans.

C’est quoi la grande différence entre être producteur et DJ d’après toi ?

Ça n’a pas grand chose à voir, ou du moins, ça dépend de comment tu l’approches. Etre DJ, c’est jouer le morceau de quelqu’un d’autre et c’est collectif aussi, alors que producteur c’est très solitaire, introspectif. Je fais des sessions de six, sept heures seul au le studio. Mais quand je produis de la musique, 95% de ce que je fais est influencé par des morceaux que j’aime, dont j’aime l’énergie. J’essaie de trouver cet entre-deux que je n’arrive pas à dénicher dans la musique d’un.e autre. Au début, je disais souvent que les morceaux que je produis, ce sont ceux que j’aimerais jouer en tant que DJ. Je ne pense pas qu’ils n’existent pas, juste que je ne les ai pas trouvés. C’est aussi lié à un amour du son, de manière générale.

Si toi aussi tu aimes le son, la fête, la musique et l’énergie des clubs, rendez-vous donc au Motel Campo le 31 décembre pour l’An Nouvel au Motel. ECAR y mixe à 7h, l’occasion de danser dans cet entre-deux de la saint Sylvestre, entre le jour et la nuit, d’une décennie à l’autre.

Voici aussi les pages Facebook et Instagram d’ECAR ainsi que son Soundcloud !

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