I Need a Gangsta to Love Me Better, ou le gangster au delà des masques

© Raphaëlle Mueller

Du 7 au 22 mars, Nagi Gianni investit l’espace TOPIC, avenue Ernest Pictet, pour présenter son projet basé autour de la figure du gangster. Pour ce faire, il s’entoure de cinq autres artistes qui font de ce projet bien plus qu’une simple performance éphémère. Car au delà de la performance principale qui eut lieu le 7, c’est jusqu’au 22 mars que la résidence du projet s’étendra à TOPIC en proposant un espace de travail autour de la mystification du gangster, mais aussi, de manière plus générale, une réflexion sur le rôle des icônes omniprésentes sur internet et dans notre société contemporaine.

« Le projet est né à la suite d’une installation performative que j’avais faite l’été dernier, aussi dans un format de carte blanche. Il était directement inspiré de la pièce de Jean Genet. Splendid’s, c’est un huit clos entre 7 gangsters dans la suite d’un hôtel de luxe, cerné par la police », nous explique Nagi. C’est la mystification du gangster en tant qu’icône à travers les arts: la littérature, le cinéma et la musique, qui fut mise en avant à travers cette performance. « J’avais envie de poursuivre ce travail là, toujours en prenant appui sur la figure du gangster mais en créant une nouvelle version, en repensant l’espace en fonction du lieu mais aussi en utilisant d’autres ouvertures issues d’univers différents ».

L’espace TOPIC se présente comme le lieu parfait, s’adaptant bien au format de carte blanche et offrant ainsi un panel de liberté très large aux divers performeurs. Nagi Gianni, en dialogue avec les curatrices du lieu, propose 3 semaines pour travailler autour du projet. À travers cette idée, il y a un aspect mainstream du gangster qui intéresse Nagi. Un univers qui l’obnubile à travers les vidéos YouTube et le monde de la musique – l’intitulé du projet I Need a Gangsta to Love Me Better est lui-même tiré d’une chanson de l’artiste américaine Kehlani. Une approche commerciale qui ne devrait cependant pas faire peur, car Nagi nous affirme que c’est avec beaucoup de distance et de second degré qu’il désire appréhender le côté massif et entraînant de ce phénomène de mode. « Nous sommes dans une époque où nous sommes pris en permanence dans un système de référents, d’images et de codes visuels qui nous arrivent en pleine face. Nous sommes comme des sortes d’éponges errantes; on peut vite être fasciné et captivé par des choses qui nous sont pourtant parfois un peu lointaines. »

La scénographie s’organise autour des bâches de Maya Rochat qui contribue alors à l’organisation d’un visuel très chargé car composé aussi des masques, de costumes divers et s’alimentant de jeux de corps et de posture des différents performeurs, dans un espace pensé tel un écran d’ordinateur-miroir où les corps et les actions se déploient comme des pop-ups fragmentés. « D’un autre coté, il y a aussi une grande dimension de solitude entre ces individualités réunies dans le cadre de cet espace. » nous confie Nagi. 

Nagi Gianni est lui-même réalisateur de films et de vidéos et s’intéresse à des rapports entre expression corporelle et scénographie. « Je construis aussi des masques, qui constituent une grande partie de mon travail. Ils interviennent souvent dans mes performances comme dans mes films ». Pour cet évènement, l’organisateur performait en combinaison de motard, évoquant toute une génération de films de Kill Bill à Under the Skin en passant par Ichi the Killer. Le jeune homme avait également souhaité s’entourer d’une équipe d’artistes variés pour donner de l’engouement à ce projet pluridisciplinaire. Nina Nana, mettait en scène la performance en musique, une sorte de set expérimental où l’artiste proposait son propre univers musical couplé aux propositions de Nagi avec une sélection de bribes de sons, de voix… Chienne de Garde quant à elle travaillait beaucoup au niveau de la présence vocale en live, autant sur des textes de chansons qu’elle réinterpretait ou sur des dialogues morcelés. Yotta Baka, se concentrait pour sa part sur les personnages masqués. Tiago Gigon reprit le rôle qu’il avait joué lors de Splendid’s, cette fois orné de faux tatouages « pour faire écho à une jeunesse ultra tatouée qui veut se la jouer un peu gangster », ajoute Nagi.

Six artistes qui étaient alors en symbiose pour proposer une démarche artistique riche et éloquente. « L’idée était aussi de créer une communauté éphémère, le temps d’un projet. En terme de visibilité c’est toujours plus facile de se soutenir les uns les autres, surtout dans un milieu où on se sent parfois seul », nous confie Nagi.

La performance du 7 mars ne fut cependant pas le seul évènement. « Je voulais utiliser activement l’espace comme un lieu de production où je puisse inviter des artistes pour collaborer sur différents projets artistiques, toujours reliés au thème du gangster. On pourrait appeler ça un atelier-showroom en même temps qu’il sera un set de film expérimental. » Au programme: performeurs, artiste tatoueur, drag queen… Tous ces évènements qui se dérouleront lors de la résidence post-performance seront communiqués sur les réseaux sociaux, mais Nagi compte aussi jouer sur l’effet vitrine du lieu et sur son esprit un peu voyeuriste pour intriguer les gens de passage.

I Need a Gangsta to Love Me Better propose ainsi une réelle réflexion sur les questions autant identitaire que cinématographique, littéraire ou encore en terme de disciplines artistiques mais aussi de mimétisme qui concerne une génération ultra influencée par les icônes sur le web à travers l’allégorie du gangster. À ne pas manquer !

 

L’espace de création aura lieu du 7 au 22 mars à TOPIC, avenue Ernest Pictet, 30.

 

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