Chasser la nature, elles reviennent au galop : rencontre avec le Collectif Cérès

Des branches, des plantes, de la mousse et de la terre, voilà de quoi le Collectif Cérès se sert (entre autres !) avec malice pour scénographier des espaces culturels à Genève. Une interprétation toute en poésie que les Genevois-e-s pourront découvrir au sein de l’espace Duplex/Walden lors de la Fête des Grottes qui se tiendra début juin. Entretien avec Rosa et Sarah, qui nous dévoilent leur jardin secret.

Mais comment est-ce que l’histoire Cérès a commencé ? Sous l’impulsion de trois des membres actuels en juillet 2017, et un premier projet au Kiosk des Augustins organisé par le Collectif Halte avec une volonté, déjà à cette époque, d’une grande ouverture et une participation de toutes et tous.

Ce qui était fou, c’est que peu importe l’âge des personnes, il y a eu un élan énorme autour du projet ; la thématique de la nature en plus d’être une évidence pour nous, parle à tout le monde

Une nature qui a depuis pris place dans de nombreux lieux à Genève comme le Zoo, la salle du Terreau ou encore le Rez de l’Usine, pour la soirée Pizza Bonbon organisée par Som Squad.

À leurs débuts, déjà, travailler et construire un projet autour de la nature s’est imposé comme une évidence : « La nature éveille quelque chose en chacun de nous .» Lors de la résidence Métempsychose au Kiosk, elles ont carte blanche. Mais aussi un budget très serré. Alors elles s’imprègnent du lieu et se demandent comment elles vont bien pouvoir le transformer, et ce, jusqu’à le transfigurer : « On voulait vraiment que personne ne reconnaisse l’espace. C’était surtout de l’expérimentation pour nous. » Dans le vieux van du père de Rosa, elles entassent des kilos de terre qu’elles utilisent pour sculpter, redessiner les contours d’un environnement qu’elles créent de toute pièce. À cela viennent s’ajouter des branches qu’elles ramassent dans la forêt. Promesse tenue : le Kiosk devient forêt. Et le projet suscite un réel engouement !

Un mois plus tard, grâce au bouche-à-oreille, elles sont en charge de la scénographie à l’Usine à Gaz pour la soirée Osmose, lors de laquelle elles rencontrent le Collectif Hapax 21. Elles découvrent alors un changement de paradigme et prennent conscience de l’impact qu’elles peuvent avoir, non seulement sur l’atmosphère d’un lieu et ses visiteurs, mais également sur l’environnement. Si elles « trouvent leur bonheur dans une déchetterie », elles souhaitent également mettre en place des projets respectueux de la biodiversité. Il ne s’agit pas de piller la forêt, mais bien de réfléchir avec soin et développer des connaissances qui assurent une interaction parcimonieuse et harmonieuse avec l’environnement. Le Collectif espère pouvoir sensibiliser le public aux différents enjeux que cristallise cette thématique. Elles contactent la Voirie, notamment, qui leur permet de récupérer des branches taillées, ou encore la structure Matériuum, première « ressourcerie » du Canton de Genève, qui revalorise notamment des objets voués à être jetés. Économiser, récupérer, recycler, de réels mots d’ordre pour le Collectif Cérès.

Les projets défilent, et après de nombreuses collaborations dont deux avec le Festival Antigel, elles développent une scénographie impressionnante au Zoo, dans un espace plus vaste. Elles font le choix de mettre en avant un visuel particulièrement travaillé qui intègre la vidéo de manière plus assumée. Le mapping live confirme chez Bianca l’envie de développer cet aspect du projet.

© Calm Class 21.01.18
Le Zoo Usine, Genève

Maria, Bianca, Rosa sont à l’origine du collectif, rejoint par Sara et Sarah plus récemment. Elles créent et développent ensemble leurs projets qui sont ensuite montés grâce à l’aide de bénévoles. Des bénévoles qui travaillent avec bienveillance pour le collectif dont les réalisations reflètent des collaborations avec d’autres collectifs locaux : « On a eu la chance de se faire appeler sur des projets cool portés par des gens dans le même esprit que nous. L’ambiance et la mentalité des personnes importent presque autant que le lieu où l’on travaille »,  des lieux comme écrins de leur travail de scénographes, à l’image de la soirée organisée par Calm Class au Zoo transformé en amphithéâtre végétal le temps de l’événement.

En tout, cinq femmes constituent ce collectif dont l’ascension est plus que fulgurante. Une photographe, une historienne de l’art, une styliste, une étudiante en prépa de la HEAD, et enfin une ex étudiante de Lullier forment ce quintet uniquement féminin, apportant chacune une autre perspective et une approche personnelle aux différents projets. Comme l’explique Sarah : « Je ne dirais pas que le fait qu’on soit des femmes nous définit, mais le monde de la nuit est quand même essentiellement masculin, donc c’est gratifiant de trouver sa place en tant que collectif féminin. » Le nom, « Cérès », elles l’ont trouvé un peu dans l’urgence. Une dénomination qui a de nombreuses significations : « la plus petite planète du système solaire », ou encore « la déesse de la fécondité et de l’agriculture ». « Cérès », c’est aussi et surtout le nom d’une fleur qui n’éclot qu’avec les rayons de la lune. Un nom empli de sens qui sonne comme un renouveau dans la façon de penser l’espace des lieux nocturnes genevois.

Présentes au théâtre Pitoëff le week-end dernier, à l’occasion d’Afrodyssée, elles ont pu cette fois se confronter à un challenge d’une ampleur très différente et essayer de nouvelles choses. Si elles osent rêver du Pavillon Cicli, elles comptent innover cet été avec un projet en extérieur qui mettra l’accent sur des jeux de lumière et de sculptures éphémères.

D’ici-là, leur agenda est bien rempli : elles passeront par UniMail le 23 mai, où elles se chargeront de transformer un espace à l’occasion de Pages Sonores organisé par Calm Class et Uni Art. Pour clore ce mois intense, le Collectif se rendra du côté de Lausanne et du désormais très attendu Prémices Festival, le 26 mai. Début juin, Sara, Bianca, Rosa, Maria et Sarah prendront leurs quartiers lors de la Fête des Grottes au sein de l’espace Duplex/Walden, où elles seront, pour la première fois, également co-organisatrices de l’événement. Dans les mois à venir, elles investiront le Motel Campo : les dates suivront. La nature reprend ses droits, et c’est tant mieux !

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