De la house à Vevey : rencontre avec Ground16

(© Melinda Von Genf : https://www.instagram.com/welindv/)

Cette semaine on s’intéresse à Ground16, un jeune DJ de la région veveysane qui mixe et produit de la house. Rencontre automnale dans un café lausannois pour s’entretenir sur le monde de l’électro sur la Riviera mais aussi des scènes suisses et internationales.

Quand et comment est né le projet Ground16 ?

C’est un projet qui a débuté en 2015. On était deux à la base et après un moment, on s’est séparé et j’ai continué seul. Je fais de la musique depuis plus longtemps mais c’est sous Ground16 que mon style a vraiment pris forme. À l’heure actuelle, j’ai sorti plusieurs EP et singles sur différents labels et je mixe en club quand l’occasion se présente.

Comment est-ce que tu produis ou fais tes mixes ?

Déjà je travaille le plus souvent sur ordi/digital, et moins sur analogique. Je produis de manière un peu aléatoire, sans schéma prédéfini ou classique. Je travaille plutôt par vague, parfois je ne touche à rien pendant trois mois et parfois je ne fais que ça pendant plusieurs jours. Pour les mixes, j’alimente et travaille mes playlists chaque jour. C’est un travail de longue haleine, qui est tributaire de ta culture musicale. Je crée des playlists en fonction de plein de choses différentes: selon le style, le label, les artistes, l’énergie, la vibe, etc… Souvent, avant une date, je prépare une sélection qui me semble adaptée au lieu, mais au final ça reste du feeling, quelque chose qui se gère sur le moment.

Tu écoutes quoi comme style de musique, toi qui mixes et produis des morceaux majoritairement house ?

J’écoute du jazz, du funk, du hip-hop, entre autres. En ce moment, je suis dans une période plus soul, années 60’ et 70’, j’écoute pas mal Sonny Charles, Gil-Scott Heron ou Marvin Gaye.

Côté inspiration, tu achètes où tes vinyles ?

À Lausanne, ça m’arrive d’aller chez You Doo Right Records et j’allais aussi à La Cantina avant que ça ferme. Sinon je profite souvent d’être à l’étranger pour dénicher et acheter des vieux ou nouveaux sons, que cela soit à Londres, Paris ou Berlin. Autrement, sur internet je cherche souvent du côté de Discogs.

Tu viens de St-Légier, à côté de Vevey, c’est comment la scène house veveysane ?

Disons qu’elle n’est pas très grande mais il y a quand même quelques trucs qui se passent. Il y a par exemple Fred ou Lemonick que j’apprécie beaucoup. La salle de concert du RKC met souvent en avant des DJs ou autres artistes assez cool. Sinon, de manière générale, il y a plus de choses à Lausanne, c’est pour ça que j’y vais souvent.

Qu’est-ce qui se passe à Lausanne ?

Il y a entre autres les collectifs Limited Brothers ou La Main Mise qui organisent pas mal de soirées house, disco, boogie. Autrement, niveau artistes, je pense à Mojo, Atonal ou O’Hana. Côté clubs, je citerais des noms assez classiques comme Le Romandie, Le Bourg ou le Folklor. Là y a également le Festival Electrosanne qui est revenu. En tout cas, il y a de l’offre et du public.

Et en dehors de la Suisse ?

Il y a certains festivals qui attirent pas mal de monde, comme par exemple le Dekmantel à Amsterdam, mais qui garde une programmation pointue. Il y a aussi le festival Dimensions en Croatie. Un ami m’a récemment parlé du Fat Fat Fat Festival en Italie qu’il faut que je teste. Au risque d’être un peu cliché, j’aime beaucoup aller à Londres ou Berlin, où la culture club est très développée. Je pourrais aussi citer Bristol, où beaucoup d’artistes ont emménagé après la gentrification de Londres. Le genre « house » s’est bien démocratisé non seulement en Suisse mais aussi ailleurs, même si je suppose que la popularisation du genre amène aussi des inconvénients.

Tu as sorti pour le moment quatre EP et plusieurs singles, est-ce que tu peux nous en parler un peu ?

J’ai par exemple sorti un EP digital sur le label praguois Neo Violence, un sur Sneaky Music à Berlin, un sur Juicy Traxxx (le label de Slim Steve), et un single dans le cadre d’une compil en vinyle sur le label suisse Framework Recordings. Ça tourne beaucoup autour de la house avec des touches breakées et lo-fi, mais le mieux est d’écouter pour se faire sa propre idée parce que c’est toujours difficile de catégoriser sa musique dans un style bien défini. En Suisse, il existe relativement peu de labels house avec de la visibilité, en tout cas à ma connaissance. D’ailleurs je pourrais citer quelques collègues suisse-allemands qui ont sorti des tracks bien cool sur des labels assez reconnus : Luca Durán ou Manuel Fischer. Ça peut paraître étrange mais c’est plus facile de trouver à l’étranger des labels prêts à sortir ta musique. C’est la même chose pour mixer, il me semble que c’est plus facile pour un DJ de petite envergure d’aller mixer en dehors de la Suisse qu’en Suisse même, du moins à partir du moment où t’as signé quelques tracks sur des bons labels. Surtout parce qu’il y a plus de scènes et plus de monde.

Pour quelle raison à ton avis est-ce plus simple de se faire connaître dans le monde de la house en dehors de la Suisse ?

Pour plusieurs raisons… En partie car cela se passe pas mal par Internet. YouTube marche relativement bien pour se faire connaître: les chaînes Houseum ou EELF, qui ont beaucoup d’abonnés, ont par exemple repris mes productions et ça fait tout de suite pas mal de vues. C’est drôle mais j’ai l’impression que sur YouTube, il suffit d’être repéré par l’algorithme pour apparaître dans toutes les recommandations. Parfois il y a des artistes de petite envergure qui arrivent à faire un million de vues sur leur production car ils se retrouvent sur toutes les recommandations. Après, évidemment, certains pays comme l’Angleterre, ou certaines villes comme Berlin, se prêtent mieux au développement de la culture. Mais y’a quand même des projets cool qui naissent en Suisse !

Et toi, est-ce que ce serait un objectif d’atteindre ce genre de visibilité sur les réseaux sociaux ?

Je n’ai pas d’ambitions particulières, je vois la musique comme une passion et je n’ai pas envie d’en être financièrement dépendant. Si ça marche tant mieux. Dans tous les cas, j’aimerais que ma musique reste authentique et éviter de tomber dans de l’égotisme.

Cela étant dit, la situation s’est un peu débloquée ces derniers temps. J’ai notamment décroché une date à Berlin en février prochain grâce à mon dernier EP.

Pour finir, quels sont les trois derniers sons que tu as écoutés sur ton téléphone ?

« Hey Girl » de Master Force / « Abidjan » de Mac Gregor / « Sands of Aruba » de Mr. Fingers

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