Tribunes épicuriennes #8 – Alice

La team d’EPIC a décidé de vous offrir un tour d’horizon des histoires personnalisées de ses rédacteur·trice·s. Le principe est simple : chaque semaine, un·e membre abordera sa vision du webmagazine et comment celle-ci a évolué de concert avec la pandémie. Après Sarah Benninghoff la semaine dernière, Alice Randegger, membre d’EPIC depuis six ans et demi, se prête à l’exercice.

Cela va faire sept ans que j’ai entendu parler d’EPIC pour la première fois, six ans et demi que j’ai rejoint sa rédaction. Le projet venait de naître, je ne suis même pas sûre que le site existait à l’époque. C’était à la barje des Lavandières ; il faisait beau et je venais de terminer ma première session d’examens universitaires. On buvait un verre avec Julie Dubois, l’une des membres fondateur·trice·s du magazine.

Il s’en est passé des choses, en sept ans. On a testé des modes de fonctionnement, on a passé des journées à débattre de la ligne éditoriale, à réécrire les statuts, à disserter sur le logo. On a instauré des réunions – toutes les semaines, tous les mois, tous les quinze jours – dans des cafés – le Cabinet, Saveurs et Couleurs, la Crêperie des Grottes. On a bu des verres après s’être retrouvé·e·s à un concert ou à une expo.

Plein de gens ont rejoint l’équipe, en sont partis aussi, au gré de leurs occupations. C’est ça d’ailleurs, le grand challenge : on ne fait pas grandir un magazine sans avoir une rédaction derrière. Rester motivé·e·s sur le long terme, tout en étant bénévole, c’est difficile. Mais qu’est-ce que ça vaut le coup ! Constater qu’on a réussi à s’adapter à la pandémie, à continuer à écrire, à imaginer de nouveaux formats, et aussi – surtout ? – à garder le lien entre nous – sur Skype, en guettant chaque opportunité de se retrouver en vrai – c’est une fierté.

EPIC, c’est un projet auquel je suis très attachée. Il m’a fait rencontrer des artistes géniaux et m’a aidé à créer un carnet d’adresses. Il m’a ouvert des portes professionnelles. C’est parce que je baignais dans la culture locale que j’ai pu animer la Quotidienne sur Radio Vostok l’année passée et parce que j’étais familière avec l’écriture sur Internet que je travaille aujourd’hui à l’édition web pour la Tribune de Genève.

Tout semble possible à EPIC ; on s’y adapte, et il nous le rend bien. En ce moment, j’ai moins de temps et je me consacre exclusivement à la réalisation de notre podcast EPIC OMOT. Après une première saison de cartes blanches littéraires, on s’est dit qu’on pouvait aller plus loin. Sarah, qui est à l’origine de tout le pôle littérature du magazine, et donc également de ce podcast, a accepté de nous en ouvrir les portes, à Julie et à moi. On a brainstormé toutes les trois dans ma cuisine cet été : quel format ? Quelle durée ? Quelles questions ? Quels profils d’invité·e·s ? Quelle régularité ? On n’avait encore jamais fait un podcast qui nécessite du montage, un podcast « pro ». Et on a appris sur le tas, en s’entraidant.

Sarah, qui n’avait jamais fait de radio, s’est mise à l’écriture orale, à poser sa voix, à maîtriser le temps de parole, à démultiplier son écoute lors des interviews pour pouvoir rebondir, garder le fil, faire développer le propos à l’invité·e, tout cela en restant attentive à la qualité de l’enregistrement. Moi, je me suis lancée dans la partie technique. Ça a commencé par la création d’un flux RSS, un concept a priori obscur. Ensuite, il a fallu réfléchir à ce dont j’allais avoir besoin pour habiller la parole. On a bu des cafés avec Jean Jaille, en discutant de sons et de musique, d’images et d’envies. Le résultat me paraît toujours aussi bien ; je suis toujours autant convaincue par les bruits de machines à écrire (une idée fabuleuse de Jérôme !) et ses mélodies. Et puis, surtout, il a fallu que je me mette au montage, pour de vrai. J’avais quelques rudiments : on m’avait formée en quelques heures sur un logiciel une semaine avant le premier confinement.

Au fil des mois, j’ai appris avant tout à écouter les silences, les respirations. À déceler le rythme de ces pauses, pour pouvoir couper sans que ça ne s’entende. Je ne touche que rarement aux vides, je tranche dans les occlusives, les fricatives et les spirantes, en plein mot, pour préserver les arcs de paroles, le ton, l’élan. Le plus dur, c’est ça : gérer l’aération des discours, ne pas les resserrer, ni leur couper le souffle. Je passe une dizaine d’heures sur chaque épisode. Dix heures à écouter en boucle deux voix qui se répondent. Je connais les répliques par cœur. Imprégnée du fond, mon travail est de faire en sorte que la forme, mon montage, serve les mots. Que la parole soit mise en avant, mise en valeur. Qu’elle semble fluide, qu’elle soit percutante. Que rien ne soit déformé. Qu’au contraire, le propos soit épuré. Qu’on aille à l’essentiel, que tout semble limpide.

Ensuite, quand le montage est prêt, qu’il dure une bonne vingtaine de minutes, intro et extro comprises, je l’envoie à Sarah et à Julie. Elles l’écoutent, et on affine. On enlève une phrase, on en déplace une autre. Je leur soumets les questions qui ont émergé au cours de la (re)construction de l’interview, et chacun de leur avis est précieux : Sarah, qui a mené l’entretien, connaît l’intégralité de l’enregistrement. Elle a en tête l’atmosphère, et tout ce que j’ai coupé. Julie, elle, est notre première auditrice. Extérieure au processus, elle pointe du doigt ce qui n’est pas si évident, ce qui n’est pas si nécessaire, ce qui manque, ce qui gène.

Finalement, je masterise – encore un challenge. J’ai appris grâce à des tutos YouTube et en discutant avec des amis ingés son et musiciens. Pour être sûre que ça va, j’écoute l’épisode au casque, sur mon téléphone, sur mon ordinateur, sur des enceintes… Plus je multiplie les écoutes sur différents supports et plus je laisse reposer, mieux c’est. Le but, dans tout ça, c’est de m’effacer complètement. Qu’à aucun moment de l’écoute, on n’entende mon travail… dans l’idéal.

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