Bisque, l’organisateur de soirées en pleine effervescence

Des affinités musicales qui se répondent, la volonté de choquer la vie culturelle genevoise et de suriner les esthétiques sonores existantes ont poussé Sophie et Mabrouk à monter le collectif Bisque. Ce dernier propose quatre formats de soirées, toutes ponctuelles et spontanées, toutes dédiées à explorer des sonorités de niche tout en faisant la fête. Le duo investit le Rez, le Cabinet ou encore le Duplex depuis l’été 2019.

« On s’est rencontré à L’Écurie lors d’un concert, et depuis on n’a jamais arrêté de s’envoyer des sons ». C’est comme cela que Mabrouk, l’une des moitiés du projet Bisque, évoque sa rencontre avec Sophie. Tous deux portés par leur passion pour les sonorités déviantes et les live sets, ils souhaitent investir leur temps et dénicher tous les moyens possibles pour faire découvrir des versions et des artistes musicaux atypiques.

Une cadence industrielle

Le projet se concrétise en juin 2019. C’est d’abord le format Gazouz, signifiant littéralement « soda » en tunisien, qui se déroule au Rez de l’Usine « Will, le programmateur, m’a donné l’occasion d’organiser une soirée en co-production, axée sur les scènes alternatives nord-africaine et moyen-orientale», explique Mabrouk, l’un des deux fondateurs du collectif Bisque. L’idée part d’une volonté de dénicher les pépites musicales alternatives arabes terrées dans les quartiers populaires. La démarche s’inscrit dans la découverte d’un héritage en construction depuis le Printemps arabe, avec l’explosion des scènes alternatives artistique. Elle se veut représentative à la fois des répertoires musicaux populaires et des subcultures propres à chaque région, tout en témoignant aussi de mélanges revisités avec des styles plus inattendus.

Sonorités hybrides, électroniques,  entre dub et techno, ou encore rap, sont alors au cœur de démarches audacieuses. « Gazouz c’est avant tout la volonté de déconstruire l’étiquette « orientale » que l’on accole aujourd’hui à la musique en provenance d’Afrique du Nord ou du Moyen-Orient et les clichés exotiques qu’elle véhicule. Un fourre-tout réducteur dont on abuse à des fins marketings et qui continue encore d’avoir le vent en poupe dans les soirées et autres festivals. Pourtant, on assiste depuis le Printemps Arabe à l’émergence d’une nouvelle génération d’artistes en train de mener une véritable révolution sur tous les fronts, aussi bien au niveau du son que des mentalités et dont on ne parle qu’à peine. C’est pour leur donner une tribune qu’on a monté Gazouz. Chaque artiste qui s’y produit est là pour submerger l’auditeur de l’univers sonore qui lui est propre et dans lequel il a évolué».

Avec une profusion de productions musicales postées sur SoundCloud depuis 2012, dans laquelle il peut fouiller, Mabrouk joue avec Missy Ness, la djette résidente de Gazouz, le rôle de digger pour faire découvrir ce qui se produit en Tunisie, en Algérie, en Egypte mais aussi en Turquie ou en Palestine. Il s’occupe ensuite de faire venir les artistes à Genève, « avec un goût prononcé pour le Do It Yourself, et de la convivialité ». Cette retranscription d’un vécu et ce partage d’expérience musicale n’en est qu’à son début, avec une cadence de soirées « qui est devenue presque industrielle », se réjouit Mabrouk.

A chaque idée son format

Dans la même lignée mais de manière plus pointue, Mabrouk a imaginé Ka’ada qui cherche à jouer avec les paradoxes des cultures arabes tout en explorant le répertoire de la musique shaabi. La musique traditionnelle s’est invitée d’abord Chez Jean-Luc pour une séance de transe avec Les Gnawas Anonymes. Sa deuxième déclinaison aura lieu dans le cadre du Festival Black Movie le 17 janvier prochain au Rez de l’Usine avec la venue de Cheb Gero, le digger fondateur du label xenomorphe: Akuphone. 

Des soirées plus intimistes ont été développées en parallèle, cette fois par Sophie, la deuxième moitié du collectif. Crochetage Sonore ou encore Prise de Bisque sont les deux formats imaginés comme tremplins expérimentaux et exploration du son sous toutes ses formes. Les deux organisent des concerts live, ayant pour l’instant eu lieu entre le Duplex , l’Ecurie et le Cabinet. « On part sur quelque chose de plus inaudible dans le sens où on oscille entre de l’électro-acoustique, du modulaire, ou de la noise, le tout allant plutôt dans les textures de sons que sur les mélodies», poursuit Mabrouk.  Les groupes locaux sont d’autant plus mis à l’honneur, notamment avec Pi Why et son dj set pour Prise de Bisque début novembre, ou ZAFIF, un groupe de « post gnawa, kraut et dystopique » présents lors du deuxième Crochetage Sonore le 15 décembre dernier.

Le collectif Bisque revient ce 28 décembre pour la dernière soirée de l’année : Gazouz met à l’honneur le psyché shaabi apocalyptique de Praed,  dub – Dabkeh de Ministry Of Dubkey et le synth tarab modulaire de Basel Naouri, fondateur d’Arabs With Synthesizers.

Bisque reviendra encore plus fort en 2020 avec trois dates en janvier qui se suivront de près. Le 10 janvier 2020 à l’Ecurie avec une deuxième Prise de Bisque axée noise trap disruptive avec l’Argentin Swordsmith. Rendez-vous aussi le 11 janvier à Lausanne dans un endroit encore secret, et le 17 pour la soirée Black Movie au Rez !

Lien de l’event Gazouz du 28 décembre

Lien de la Ka’ada pour Black Movie le 17 janvier

 

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