[EPIC OPUS N°4] La selecta d’Aloko

Pour cette quatrième session mix de notre rubrique EPIC OPUS, la rédaction vous emmène dans le set Afrozouk d’Aloko. Il sera présent samedi soir au Motel, pour les 5 ans d’EPIC !

Salut Aloko ! Est-ce que tu peux nous dire qui tu es ?

Salut EPIC, je suis Nicolas, franco suisse, jʼai 39 ans, je suis né à Saint Julien en Genevois. Jʼai fait des études de Sciences politiques à lʼUniversité de Genève qui mʼont amené à travailler pour quelques ONG et faire des missions de terrain au Népal, en Bulgarie et à Haïti. Jʼai fait une reconversion il y a 3 ans pour devenir assistant social dans les foyers pour requérants dʼasile, une façon plus locale et pour moi au final plus cohérente de me rendre utile.

Comment as-tu commencé la musique ?

Le premier disque que jʼai reçu en cadeau, de mon père, cʼétait le vinyle de la BO de Ghostbusters, ça devait être en 85 ou 86… Disons que cʼest un des premiers disques que jʼai bien écouté, sur un mange-disque dont jʼavais hérité, ça a du joué un rôle dans mes goûts futurs pour la musique noir américaine, notamment le funk et la soul. Vers 13 ans jʼai fait des cours de solfège, jʼai commencé à jouer de la guitare dans un petit groupe ou faisait des reprises des classiques du rock, jʼai même joué de la basse dans la fanfare municipale… à cet époque et durant mon adolescence jʼécoutais de vraiment tout, mais vers 18 ans jʼai commencé à être un peu plus focus, à écouter à fond du rap français, du funk et de la musique africaine et antillaise.

Dʼoù te viennent tes inspirations ?

Justement de cette période ou on sortait essentiellement dans les boîtes afro de Genève, que ce soit la Pirogue, lʼArc Cv, à lʼabag etc…  Mon père mʼavait offert une compile dʼun magazine de musique du monde avec du zouk, de la musique malienne, de la Réunion, et pas mal dʼautres genres, je crois que cʼest ce moment qui a fait le déclic.

Plutôt production ou mix ?

Jʼai commencé par le mix il y a bien 16 ou 17 ans avec des mix 80s, les all style à la française dans des anniversaires ou des mariages. Jʼai mixé pas mal de funk ensuite, bien influencé que jʼétais par les mix de Chill Pop au Chat Noir ou jʼallais régulièrement. Après ça j’ai déménagé à Genève, en 2006,  je vivais aux Grottes dans une coloc avec des ivoiriens, ça a été mon premier voyage en Afrique et ça mʼa beaucoup influencé musicalement et … culinairement, d’où Aloko… Jʼavais encore un peu de mal à placé mes sons africains et antillais et une rencontre mʼa permis de le faire une première fois au Chat Noir, cʼest DJ Amina, qui a été comme une maman pour moi au niveau du mix, cʼest avec elle que jʼai commencé à mixer à Genève. Ensuite cʼétait lʼépoque de la fin des squats et jʼai rencontré Tarrabass qui venaient de la scène Hardteck française et on a commencé à lancer un sound system ambulant, la Lokomobile, dans les manifs, et aussi des free parties en forêt… avec du soucous et de la tek. Ils font parti des gens qui ont contribué à dynamiser la scène genevoise à la fin des squats, ceux la qui ensuite ont fait la Reliure…

Ensuite jʼai rencontré Wasulu Selecta, puis Ares et ils mʼont présenté Hairyoops (Muyomba soul) HanuMarc, Riddler, Mr Dudʼn, Mahmood, on était 8 à lʼorigine, et on a formé Ataya. Music Box, mon collectif depuis 6 ans. Au niveau production je fais mes trucs dans mon coin depuis une quinzaine dʼannées, des petits raps que je ne partageais pas trop, des sons un peu hybrides musique électro avec des samples de partout que j’aime bien triturer. Jʼai concrétisé ça avec lʼalbum Hardcore des Alpes sur le label lʼAxe du Mal, il y a deux ans.

La scène genevoise, comment lʼappréhendes-tu ?

Elle est bien dynamique en ce moment, en tout cas celle que je connais le plus, la scène dite tropicale. Quand jʼai commencé à mixer on était encore peu en dehors des milieux plus communautaires à mixer du son afro, il y avait les anciens comme Amina, Ras Mali et dʼautres que jʼoublie forcément, qui mixaient depuis déjà longtemps, mais disons que depuis 6 ou 7 ans, ça a commencé à bien chauffer avec les différents DJs d’Ataya qui mixaient dans beaucoup de lieux, puis avec des gens comme Jean Toussaint et Mambochick qui ont tropicalisé la Gravière et attiré du monde. Il y a aussi eu un renouveau du son électronique tropical depuis pas si longtemps avec la favela trap, le new afrobeat et ses déclinaisons et les jeunes producteurs locaux comme Ozadya et dʼautres ont amené quelque chose de frais. Ce que jʼessaie de faire à mon niveau, en programmant des concerts régulièrement au Rez de l’usine, cʼest de remettre en avant les concerts de styles de musiques très populaires comme le kompa haïtien, la rumba congolaise etc… quʼon a pas forcément lʼhabitude dʼentendre à Genève. Ce qui est intéressant cʼest de voir des publiques se mélanger, des gens qui viendraient jamais à lʼusine et des gens qui nʼavaient jamais entendu parlé de ces styles là..

Quel est ton lieu de prédilection à Genève ?

Je dirai le Rez de l’Usine… mais aussi la Reliure, la Gravière, la Cave 12… en fait je nʼai pas vraiment de lieu de prédilection, j’essaie d’aller là ou je vois des bonnes propositions.

Quels sont tes projets et tes prochaines dates ?

On a un studio depuis un an avec quelques membres dʼAtaya et dʼautres et on souhaite explorer pas mal de choses ensembles avec des artistes d’ici et d’ailleurs, des métissages, des fusions musicales.

On a eu la première édition du Ataya festival qui s’est bien passé en août au Rez de l’usine et on compte développer le projet dans le futur en y intégrant des échanges, des débats, des projections et différentes formes d’expressions artistiques, on vous tiendra au courant.

Des inspirations musicales à Genève ? Sinon quelle scène musicale te fait vibrer ?

En ce moment j’aime beaucoup ce que fait Anouar ait baouna, musicien gnawa qui a des projets de fusion avec de la musique électronique, sinon à côté de la musique africaine, je suis bien fan de techno de Détroit et de Dark Techno, alors de temps en temps je sors écouter ça. Finalement ce qui me plaît le plus c’est les musiciens audacieux qui mélangent les genres, j’en ai vu pas mal lors des dernières éditions du Daf à la Reliure.  Jʼaime aussi la programmation de la scène Ella Fitzgerald lʼété, Écoute aux verts, ce que fait Bongo Joe aussi, également le Mos Espa… il y a de quoi faire. Je suis aussi les soirées  Zouk et Kompa au village du soir qui commencent à très bien marcher.

Ton mix pour EPIC-OPUS, que raconte-t-il ?

Je suis parti sur un style plutôt Afrozouk, c’est un style que j’aime depuis longtemps, ça me rappelle mes sorties dans les clubs tropicaux genevois au début 2000. Ce que je trouve intéressant c’est que le son actuel Naija qui connaît un gros succès international et qui influence beaucoup est quelque part l’héritier de ce style. Dans ce mix Il y a des sons congolais, cap verdiens, gabonais, ivoiriens etc… J’aime bien les textes en français qui racontent toujours une histoire sur certaines intrigues amoureuses, des problèmes de sociétés ou parfois des leçons de vie, et puis c’est de la musique qui permet de danser à deux, c’est important.

Aloko enflammera le Motel samedi soir avec ses sonorités tropicales et dansantes. Toutes les infos sur la soirée c’est par ici, et pour retrouver les productions d’Aloko c’est par là.

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